Islam : c’est Cordoue ou l’éradication mondiale, par Kamel Daoud.

Kamel Daoud, ecrivain

L’islam de Cordoue contre l’islam de Daech, d’Iran (qui fouette des jeunes pour la chanson «Happy»), de l’Arabie et des autres monstres. Dans un récent entretien à El Watan, le surprenant ministre des Affaires religieuses, Mohammed Aïssa, a encore brillé. On est loin de ses prédécesseurs distributeurs de passeports de pèlerinage, affidés de quelques zaouïas, maffieux des réseaux de nominations ou barons des caisses noires. Là, on est dans l’intelligence: celle qui a manqué pour éviter les massacres des années 90, l’émergence des sectes, la débilisation collective et la transformation de l’Algérie en une zone franche pour télé-cheikhs et prêcheurs du Mal et de la haine. Et dans sa nouvelle sortie, Aïssa a parlé de l’islam de Cordoue, comme référence d’une pratique religieuse algérienne autonome face à la bédouinisation wahhabite. Un islam de Raison, accueillant, généreux, respectueux, curieux et vivifiant. Un mythe, mais la croyance a besoin de se fonder sur des mythes aussi. Autant que les idéologies. Ce ministre a su en trouver un et essaye de le rendre visible pour faire contrepoids aux Koraïchites. Cela est une rupture immense. Il s’en défend, mais c’est la réalité: le déni de soi algérien l’a aussi été par une pratique religieuse qui s’est toujours sentie inférieure au centre projeté sur le Moyen-Orient et au pays des Saoud. Un cheikh de ces géographies était toujours perçu comme légitime et un imam de nos terres ne pouvait gagner du galon que par un itinéraire dans ces parages. Cela a conduit à un islamisme qui puisait sa vie chez les autres mais qui tuait chez nous les nôtres. Passons.

La guerre est encore vive. Parlons de Aïssa Mohammed et de sa Cordoue comme source et référence et image d’un islam différent, qui ne tue pas, qui partage, qui pense et qui s’élève et dont le but politique est la Cité universelle, pas le Califat théocratique bédouin. Cela ouvre une perspective pour le manuel scolaire, le prêche, l’architecture de la mosquée (souvent hideuse, inachevée et pauvre), la lecture, l’imaginaire et l’acceptation de soi. Cordoue n’est pas en Algérie mais elle en est plus proche que l’Arabie.

Et du coup, le choix: l’islam de Daech ou l’islam de Cordoue. Ibn Rochd ou Ibn Taymiya. Les égorgements d’otages ou les audaces de Ziryab. L’arcade ou la guerre. Le débat ou la menace. L’image de Cordoue gagnerait à sauver ce qui reste d’humanité à cette religion devenue tueuse en série dans les médias internationaux. Il y va de notre sort, de nos enfants et de ce qui s’offre comme possibilité de survie à ce pays et sa place dans le monde. Et au-delà de l’Algérie, c’est l’unique choix qui s’offre pour cette religion et les siens: Cordoue ou la mort. Parce que l’islam est déjà perçu comme menace, source de guerre et de violence, risque et Préhistoire, n’en déplaise encore à ceux qui vont réagir par l’affect et la théorie du complot ou les insultes. L’islam n’est pas uniquement des livres, mais aussi et surtout ce que voient les autres et ce nous offrons à voir. Cette religion sert à tout, désormais, sauf à retrouver Dieu ou l’homme. Mohammed Aïssa tente de trouver un référent religieux algérien pour faire face au Daech et fils chez nous, mais c’est l’équation du reste du monde aussi: si on ne reconstruit pas Cordoue, on va détruire le monde. Soit l’Islam accepte le monde, soit le monde va le rejeter définitivement.

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