Le Féminisme au Maghreb s’organise avec ses spécificités.

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Des femmes divisées

Les mouvements féministes existaient sous les régimes autoritaires et les femmes de président comme Suzanne Moubarak ont vainement tenté d’incarner cette cause pendant des décennies.

Mais pour Nadia Leila Assaoui «les femmes n’ont pas pu aller bien loin, car les régimes autoritaires ont tout fait pour diviser ces mouvements. On a toujours joué avec la libération des femmes. Au moment de l’indépendance en Algérie, celles qui réclamaient plus de droits étaient considérées comme des suppôts de la France, hizb al-Fransa (le parti de la France). Les mouvements de femmes ont été divisés et mis à genoux du point de vue de la mobilisation et des mentalités.»

Être arabe et féministe

Mais la plus grande nouveauté dans cette renaissance du féminisme arabe, c’est certainement son ancrage dans des sociétés arabes pleines de paradoxes. Les femmes s’affirment comme féministes ET arabes. Un fait nouveau pour Nadia Leila Assaoui:
«Les féministes assument leur arabité sans remettre en cause l’universalité de la lutte. Leur référence, ce n’est pas la Française Simone de Beauvoir mais l’Egyptienne Hudâ Shar’âwi»

Le féminisme est aussi et surtout affaire d’hommes

La femme ne se construit pas dans l’isolation mais dans sa relation aux autres, hommes et femmes, et dans son rapport au monde et sa participation à son façonnement. Etre libre de manière absolue ne peut pas être une revendication féministe. Les femmes ne peuvent pas être isolées et faire valoir des droits absolus, sans considération pour les hommes.

Si les femmes pâtissent aujourd’hui encore de l’hégémonie masculine, les hommes eux aussi souffrent d’un système patriarcal asphyxiant qui les pousse à refouler leurs affects et les enferme dans le rôle de l’homme fort, protecteur, et chef de famille contraint seul à pourvoir aux besoins de sa famille.

Il est clair que les hommes doivent être davantage questionnés sur leur rapport aux femmes et sur leur responsabilité quant au recul de celles-ci de l’espace public. Un réel travail pédagogique est à mener dans ce sens afin de les confronter à leurs positions et leurs comportements.

Cet ancrage dans l’environnement arabe donne plus de libertés, et surtout davantage de légitimité à ces mouvements féministes qui revendiquent un patrimoine singulier dans la continuité du printemps arabe. 

«La liberté et la dignité, oui, mais pour tous. Tant que les femmes ne l’auront  pas atteint, la révolution n’est pas terminée.  Maintenant, leur lutte fait partie de la révolution. C’est une force et une opportunité qu’elles ont su saisir», se réjouit la féministe algérienne Nadia Leila Assaoui. 

Aucune des femmes qu’elle a rencontrées n’a dit avoir regretté une seule fois la révolution. La situation actuelle est incomparable avec celle qui a précédé les mouvements de protestation et ce, malgré l’image conservatrice et parfois rétrograde des femmes véhiculée par les islamistes au pouvoir en Tunisie, au Maroc et en Egypte.

Certes les libertés d’expressions acquises après les révolutions profitent aux femmes…mais les législations demeurent inchangées.

Pour Hassiba Sahraoui les défis sont énormes. La seule issue réside aujourd’hui dans la capacité des femmes à occuper l’espace public, à créer un rapport de force: 

 «L’engagement des femmes est là. Elles n’accepteront jamais de retourner en arrière.»

Nadéra Bouazza

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