De la distance dans le meurtre.

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Cette distance imposée avec l’animal de consommation concorde avec le système industriel, qui c’est efforcé de « désentimentaliser » sa vie au maximum. L’animal prit en charge n’a pas de nom, ne reçoit pas d’affection, ne croise que très peu d’humains. Pire : l’organisation technique de sa vie et de sa mort a segmenté toutes les étapes de sa courte existence, de telle sorte que celui qui donne à manger à l’animal n’est pas celui qui le met à mort, lequel n’est pas celui qui le découpe en morceaux.
Une division du travail aux vertus déculpabilisantes : aucuns des différents acteurs impliqués dans l’élevage et l’exécution de l’animal ne porte à lui seul le poids du crime.

Quand au consommateur, c’est encore mieux : bien qu’il soit le réel commanditaire de la mort de l’animal (puisque c’est pour satisfaire son appétit que celui-ci a été élevé), il n’a absolument aucun contact avec lui jusqu’au moment où il en achète un morceau en boucherie ou au supermarché. Ce qui lui permet d’alléger sa conscience en s’imaginant qu’il n’est responsable de rien.
Au final, le processus qui détermine la vie et la mort d’un animal d’élevage dilue les responsabilités : du donneur d’ordres au bourreau en passant par l’éleveur, chacun peut oublié la cruauté, voire l’immoralité, de l’action globale à laquelle il participe.
Pourtant, s’il est normal de tuer des animaux pour les manger, pourquoi tant de chichis ? L’embarras manifeste de ceux qui ne veulent pas savoir ce qu’ils mangent et de ceux qui ne veulent pas voir qui ils tuent est la preuve qu’il y a un sacré malaise. Peut être faudrait il revenir aux égorgements en public : ce serait certe répugnant, mais cela permettrait d’avoir une idée fiable du pourcentage de personnes qui cautionnent réellement les conséquences de la consommation de viande.

Aymeric Caron.

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Mort à distance :

Il y’a une règle qui régit nos interdits alimentaires : on ne peut manger ce qui est proche de nous. Il faut de la distance entre le mangeur et le mangé. « Un lien affectif, une familiarité, une trop grande proximité bloque l’acte phagique ».
Vous savez désormais pourquoi il est plus facile de rentrer dans une centrale nucléaire (démontré par Greenpeace en 2012) que dans un abattoir.

Madeleine Ferrière.

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