La laïcité: échapper à la pression sociale environnante aussi bien qu’à une uniformisation d’État.

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Le mot « laïcité » est très a la mode, et on l’associe fréquemment au refus de la religion, ou plus radicalement à l’athéisme. Pourriez-vous d’abord revenir sur la définition exacte de ce terme ?

La laïcité est un mode d’organisation de l’association politique et une conception de la cité : elle organise la coexistence des libertés et disjoint l’association politique de toute référence transcendante. On peut être musulman, catholique, athée, etc., et laïque en même temps. Il ne s’agit pas de tenir compte des différentes communautés dans une société donnée, mais de rendre a priori possible la liberté d’opinion de chacun.

La formule consiste à soumettre à des principes différents l’autorité publique d’une part et la société civile de l’autre. L’autorité publique s’aveugle aux croyances et incroyances (elle ne reconnaît ni ne cautionne aucune religion, et pas davantage l’athéisme), c’est un minimalisme: on s’y abstient de toute manifestation, caution ou reconnaissance en matière de culte, de croyance et d’incroyance.

Dans la société civile, en revanche, chacun jouit de la liberté d’opinion et d’affichage dans le cadre du droit commun, sans avoir besoin de cela d’entrer dans une logique identitaire. Chacun vit cette distinction concrètement ; par exemple, l’élève qui ôte ses signes religieux à l’entrée de l’école publique et qui les remet en sortant fait l’expérience de la respiration laïque, il échappe par cette dualité aussi bien à la pression sociale de son milieu qu’à une uniformisation officielle d’État. C’est cette alternance (savoir quand on doit s’abstenir, savoir quand la liberté la plus large s’exerce) qui constitue la respiration laïque, un peu comme une partition musicale.

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La laïcité offre un double espace, aucun des espaces ne s’imposant constamment et uniformément.

En outre la laïcité ne se réduit pas à la séparation entre l’église et l’État (condition nécessaire mais pas suffisante pour qu’un état soit laïque) ; elle suppose que l’association politique ne doive rien à des liens qui lui préexisteraient qu’ils soient religieux, ethniques, cultuels, etc.

La laïcité est parfois présentée, à tort, comme une position antireligieuse. Ce qui est contraire à la laïcité, ce ne sont pas les religions, c’est leur prétention à faire la loi, à s’imposer comme règles civiles, c’est aussi la prétention à faire du lien religieux le modèle du lien politique. Donc, ce qui est diamétralement opposée à la laïcité, c’est une religion civile, faire de la foi une loi civile ou, symétriquement, faire de la loi civile un article de foi. Une position antireligieuse « ultra » consiste à vouloir étendre à la société civile l’abstention qui doit régner dans la sphère de l’autorité publique, se qui revient à borner l’expression des opinions à l’intimité, mais cela est en totale contradiction avec la laïcité, dont la finalité est précisément de rendre possible la liberté d’opinion. Ajoutons que la laïcité ne protège pas seulement l’autorité publique de la mainmise religieuse ou d’un athéisme d’État, elle protège aussi les religions les unes des autres.

Source: magazine l’éléphant d’octobre 2015.

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