Tolérance au Moyen-Orient.

L’Orient paraît incapable de tolérer aujourd’hui ce qu’il tolérait il y a cinquante ans, il y a cent ans, ou même il y a mille ans. Certains livres publiés au Caire dans les années 1930 sont aujourd’hui prohibés pour cause d’impiété ; certains débats qui avaient lieu à Bagdad au IXe siècle, en présence du calife abbasside, sur la nature du Coran, seraient impensables de nos jours dans n’importe quelle ville musulmane, même dans l’enceinte d’une université. Quand je pense que l’un des plus grands poètes classiques de langue arabe est universellement connu sous son surnom d’al-Moutanabbi, littéralement « celui-qui-se-dit-prophète », parce que en sa jeunesse il parcourait l’Irak et l’Arabie en proclamant de telles prétentions !
En son temps, au xe siècle, la chose provoquait des haussements d’épaules, des moqueries, des froncements de sourcils, mais elle n’a jamais empêché les croyants d’écouter le poète et d’admirer son talent ; aujourd’hui, il se serait fait lyncher ou décapiter sans autre forme de procès.

Amin Maalouf.

Image de l’Égypte après les dessins de Charlie Hebdo:

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