L’identité dans la Mondialisation, par Amin Maalouf.

Les bouleversements technologiques et sociaux qui se produisent autour de nous constituent un phénomène historique d’une grande complexité et d’une grande ampleur, dont chacun peut tirer profit, et que personne pas même l’Amérique, n’est capable de maîtriser !  La mondialisation n’est pas l’instrument d’un « ordre nouveau » que « certains » chercheraient à faire régner sur le monde, je la comparerais plutôt à une immense arène, ouverte de toutes parts, dans laquelle se dérouleraient en même temps mille joutes, mille combats, et où chacun pourrait s’introduire avec sa propre rengaine, sa propre panoplie, en une cacophonie indomptable.
L’Internet, par exemple, vu de l’extérieur et avec un a priori de méfiance, est un monstre planétaire ectoplasmique par le moyen duquel les puissants de ce monde étendent leurs tentacules sur la terre entière; vu de l’intérieur, l’Internet est un  formidable outil de liberté, un espace raisonnablement égalitaire dont chacun peut se servir à sa guise, et au sein duquel quatre étudiants astucieux peuvent exercer autant d’influence qu’un chef d’Etat ou une compagnie pétrolière. Et si la prédominance de l’anglais y est écrasante, la diversité des langues s’y épanouit chaque jour un peu plus, favorisée par certaines inventions en matière de traduction courante inventions encore balbutiantes, encore indigentes, et qui produisent parfois un effet hilarant ; mais qui n’en sont pas moins prometteuses pour l’avenir.
Amin Maalouf, les identités meurtrières.

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