La vie heureuse de Sénèque.

J’ai travaillé de toutes mes forces à me distinguer de la multitude et à me faire reconnaître par quelques qualités. Ai-je fait autre chose que m’exposer aux traits de mes adversaires et donner prise aux morsures de la malveillance. Vois-tu ces gens qui font l’éloge de l’éloquence, recherchent la compagnie des riches, flattent le crédit, vantent la puissance, ce sont tous des ennemis actuels ou, ce qui revient au même, virtuels.
Le peuple des jaloux c’est celui des admirateurs. Que ne cherchais-je, plutôt, quelques biens utiles que je puisse sentir et non exhiber. Toutes ces choses que l’on contemple, devant lesquelles on s’arrête, qu’on se montre les uns aux autres avec admiration sont brillantes à l’extérieur mais à l’intérieur, misérables. Recherchons un bien qui ne vaille pas que par sa simple apparence, mais qui soit solide, permanent et d’une beauté d’autant plus grande qu’elle est secrète, exhumons-le.
Sénèque, La vie heureuse.

Publicités