Construire sa propre spiritualité, par Abdenour Bidar.

À chacun désormais d’inventer sa voie spirituelle, de façon non pas solitaire mais personnelle : à chacun de devenir son propre maître ; à chacun d’aider les autres à le faire. 
Ceux qui se moquent de cet effort -fait par beaucoup de monde aujourd’hui- pour façonner la propre spiritualité ont tort. Je me souviens d’en avoir fait bien rire certains par exemple, et de m’être fait condamner par les « gardiens du temple » lorsque j’ai écrit « self islam », ou je racontais précisément comment j’en étais arrivé à construire mon propre rapport à l’islam. Était-ce une solution de facilité ? Est-ce vraiment du « spirituel à la carte » que de tracer son propre chemin ? Tout au contraire. Ce qui est facile et paresseux, c’est de suivre comme hier et avant-hier des voies toutes tracées, par la tradition ou par ceux qui osent encore aujourd’hui se considérer comme des « guides religieux ». Qui les a faits roi ? Les dieux ? Non, bien sûr. Ils se sont de tout temps autoproclamés, ils se sont délivrés leurs titres entre eux, et ils ont voulu devenir les chefs de grandes autoroutes spirituelles encombrées, dont ils gardent jalousement les péages, et sur lesquelles comme des bergers avides ils ont entassés des troupeaux de fidèles. Dans ce domaine comme ailleurs, rien de plus difficile en réalité que de sortir de ce type de sentiers battus. Rien de plus exigeant, de plus noble aussi et de plus digne de l’être humain que de tracer sa propre voie. Cette liberté est aussi redoutable qu’exaltante, notamment parce qu’en plus de requérir du courage il lui faut éviter deux risques majeurs : l’ignorance et l’individualisme. 
L’autodidacte spirituel aura à s’en prémunir, faute de quoi son effort de construire son propre chemin ne mènera nul part. Contre les périls de l’ignorance qui le feraient avancer à l’aveuglette et se perdre en prenant des vessies pour des lanternes, il lui faudra se constituer une culture suffisante – à lui, on le répète, de la chercher où il veut.

Quant au risque de l’individualisme, il est aussi celui de la solitude. S’il vaut mieux être seul que mal accompagné, et donc éviter les gourous et autres fabricants de recettes d’Éveil, il s’agira pourtant comme dans toute aventure humaine de trouver des compagnons de route pour former avec eux ce que j’ai appelé plus haut une nouvelle sociabilité spirituelle sans frontières ni hiérarchie : non plus donc une communauté religieuse fermée sur elle-même, ni un yoga avec des gourous qui commandent, mais une société d’Amis « Tisserands » la plus ouverte possible (sans barrières anciennes entre croyants, agnostiques et athées). 
*Tisserands : ceux qui réparent les déchirures de notre monde. 

Abdenour Bidar, Les Tisserands.

2 commentaires

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s