Pourquoi le féminisme a échoué dans les sociétés à majorité musulmane ? Par Wassyla Tamzali. 

La seule manière d’en dire plus sur ces femmes particulières que sont les femmes musulmanes serait de revenir à la question centrale par laquelle les féministes ont affronté l’ordre patriarcal : qu’est ce qu’une femme ?, et de renvoyer ainsi les femmes de pays de tradition islamique à leur destin universel de femme. À Tunis, Rabat et Alger, comme à Rome, Madrid et New-York, cette question radicale et politique est seule capable de nous extraire de la gangue du système patriarcal. 
« Sortir du patriarcat n’a pas été un pas de danse« , me rappel Alexandra Bochetti, la fondatrice du centre culturel Virginia Woolf à Rome, qui fut un des hauts lieux de la pensée féministe italienne :  » Notre démarche a été centrer sur une recherche de l’identité à partir de notre vécu : la découverte difficile et douloureuse du visage caché des femmes. Ce travail devait aboutir à une reconstruction en dehors de ce que l’ordre patriarcal prescrivait pour nous ». Une question stratégique qui conduit les femmes à une prise de conscience de leur dépossession identitaire séculaire. Si les expériences du féminisme ont été sont diverses d’un pays à l’autre, cette question nous concerne toutes et peut-être encore davantage les femmes musulmanes des sociétés post-coloniale. Pourtant, nous l’avons négligée, effrayées par son contenu subversif et la peur irrationnelle d’être exclues de nos sociétés, marquées par un vieux fond communautariste berbère et un nationalisme encore jeune caché dans les plis de notre modernité. 
Notre frilosité et notre incapacité de porter cette question dans l’espace public sont la cause de l’échec politique du féminisme dans les pays à majorité musulmane. En ignorant cette exigence, nous nous sommes privé du seul moyen pour les victimes de prendre conscience qu’elles sont les protagonistes d’un système qui les nie en les rattachant à d’autres objets : l’ethnie, la classe, la fonction sociale, etc. Cette subjectivation de la politique est le meilleur chemin pour nous sortir de l’assignation à identité à laquelle nous sommes soumises. Enfin, un dernier constat, le plus lourd sans doutes, pour nous et pour les sociétés dans lesquelles nous vivons : notre absence sur le terrain de l’identité explique la place gagnée par les mouvements religieux qui, eux, répondent à la question de l’identité et en font la base de leur recrutement. 

Wassyla Tamzali, une femme en colère : lettre d’Alger aux européens désabusés.


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