Le retour de la pensée orientaliste, revendiquée par les décolonisés eux-mêmes, par Wassyla Tamzali. 

Le post-orientalisme qui, tel un fantôme, hante notre présent et revient se glisser dans les discours culturalistes et différentiels, ne m’amuse plus. Il ravive en moi d’anciennes blessures. Je suis écorchée par les stéréotypes réducteurs qu’ont subis et continuent de subir nos identités meurtries. Je me souviens d’une relation de mes parents, gaulliste et pratiquante catholique, si dévoué pour les femmes musulmanes (sic) : tous les jeudis, elle recevait les nécessiteuses de la ville accompagnées de leurs nourrissons à La Goutte de lait ! J’étais jeune, ignorante et déjà choquée et humiliée par la charité des Français bien-pensants à l’égard des « bons musulmans« . Depuis, j’ai une vision acérée de tout ce qui nous revient, sous une forme ou une autre, de cette époque. Et, survivant à la décolonisation, voilà revenu l’orientalisme et sa vision essentialiste, avec cette fois-ci, pour comble de paradoxe, la participation active de l’objet même de la pensée ethnicisée et culturaliste du XIXème siècle : l’arabe musulman qui, entre temps, est devenu, parfois, européen par migration ou diaspora et revendique d’être reconnu dans cette identité là, cette culture là. 
Le retour de cette vision essentialiste a pour conséquence de résoudre par le bas la question de l’altérité entre les Occidentaux et nous. Voilà repoussée bien loin, sinon perdue, la passionnante aventure de « L’autre est un autre je« , comme le dis Marc Augé, aventure à laquelle nous pouvions raisonnablement aspirer. Aventure qu’il restait aux héritiers de la France coloniale à entreprendre puisque leurs aînés, Tocqueville, Flaubert, Victor Hugo, Jules Ferry et tant d’autres esprits brillants, ne l’avaient pas fait, eux qui avaient emboîté le pas à l’esprit impérialiste et militaire, nous condamnant à être une sous-catégorie d’humains, les indigènes. 

Aujourd’hui se sont d’autres étiquettes qui nous brûlent la peau. 

Wassyla Tamzali, une femme en colère : lettre d’Alger aux européens désabusés.


Présentation du livre : 

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