La laïcité par Voltaire.

Je suis citoyen et par conséquent l’ami de tous ces messieurs de différentes confessions. Je ne disputerai avec aucun d’eux ; je souhaite seulement qu’ils soient tous unis dans le dessein de s’aider mutuellement, de s’aimer et de se rendre heureux les uns les autres, autant que des hommes d’opinions si diverses peuvent s’aimer, et autant qu’ils peuvent contribuer à leur bonheur ; ce qui est aussi difficile que nécessaire. Pour cet effet, je leur conseille d’abord de jeter dans le feu (…) la Gazette ecclésiastique, et tous les autres libelles qui ne sont que l’aliment de la guerre civile des sots. Ensuite chacun de nos frères, soit théiste, soit turc, soit païen, soit chrétien grec, soit chrétien latin, ou anglican, ou scandinave, soit juif, soit athée, lira attentivement des Offices de Cicéron ou de Montaigne, et quelques fables de La Fontaine. Cette lecture dispose insensiblement les hommes à la concorde (…). On ne vendra ni circoncision, ni baptême, ni sépulture, ni la permission de courir dans le Kaaba autour de la pierre noir, ni l’agrément de s’endurcir les genoux devant la Notre-Dame de Lorette, qui est plus noire encore. Dans toutes les disputes qui surviendront, il est interdit de se traiter de chien, quelque colère qu’on soit ; a moins qu’on ne traite d’homme les chiens, quand ils nous emporterons notre dîner et qu’ils nous morderont, etc, etc.

Voltaire.

Présentation du livre dont est issu cet extrait, « le Traité sur la tolérence » de Voltaire:

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