Naissance du « réformisme » des frères musulmans. Par Rachid Benzine.

Une raison qui explique l’héritage divisé des réformistes historiques de l’Islam se trouve aussi certainement dans la déviation que Rashid Rida a fait subir à la pensée de son maître Muhammad Abduh. Car ce à quoi va conduire l’évolution de Rashid Rida, ce n’est pas à un réformisme que l’on pourrait qualifier de progressiste et d’ouvert au pluralisme et à la discussion, mais, tout au contraire, à un réformisme traditionaliste, qui s’est fait tout proche du Mouvement des Frères (les frères wahhabites, mouvement créé par Abdel Aziz Ibn Sa’ud) avant d’inspirer le fondateur, en 1928, de la société des Frères musulmans, l’instituteur égyptien Hassan al-Banna (1906-1949). On peut ainsi considérer que les grands réformistes ont ouvert la voie à deux grands courants réformateurs qui sont à l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. D’une part le courant qui se rattache à la pensée d’Hassan al-Banna ou à celle du journaliste pakistanais Abu Ala Mawdudi (1903-1979), fondateur du Jama’at-i islami (« Le rassemblement de l’islam »), courant que l’on peut qualifier d’islamiste car il veut toujours plus d’islam, à commencer dans l’organisation politique des sociétés et des Etats. D’autre part le courant que l’on peut appeler celui de l’islam critique, et dont les premières grandes figures de proue sont le poète et philosophe indien Muhammad Iqbal (1877-1938) et l’Egyptien Ali Abderraziq (1888-1966).

Nous ne nous attacherons pas à reprendre l’histoire (souvent tragique, à cause des persécutions qu’ils ont subies ou qu’ils ont fait subir) des mouvements nés de la pensée et de la volonté de Hassan al-Banna (assassiné en 1949) et de celles de Mawdudi. De nombreux livres existent, qui exposent de mille manières ce que constitue cet islam politique aux multiples visages. Rappelons seulement que Hassan al-Banna avait pour objectif premier d’instaurer en Egypte une vraie société islamique, dont le droit fût exclusivement fondé dans le Coran et dans la Sunna (au lieu de se référer au Code Napoléon), avec un gouvernant (un calife) qui fût musulman et non la progéniture d’un colonisateur infidèle. L’islam prôné par Hassan al-Banna se présente comme un système englobant, portant sur tous les aspects de la vie. Il manifeste très largement le souci de la justice sociale, et il s’adresse d’ailleurs en priorité aux masses plutôt qu’aux élites. Mais il se fonde aussi sur un refus des valeurs de l’Occident qui a conduit à de nombreux conflits. Le fondateur de la société des Frères musulmans n’était pas d’abord un théoricien, et il faudra attendre l’intellectuel Sayyed Qutb (né en 1906, pendu sur ordre de Nasser en 1966) pour que les Frères musulmans bénéficient d’un réel corps de doctrine qui nourrit toujours une grande partie des mouvements activistes musulmans de par le monde.

Sayyid Qutb a produit toute une œuvre, y compris un commentaire du Coran (A l’ombre du Coran) qui en fait un intellectuel, contestable certes, mais de grande envergure. Le courant islamiste a été et reste également marqué par la pensée de l’Indien Mawdudi, au départ un autodidacte qui devint journaliste. En 1920, à la suite de heurts entre hindous et musulmans, il étudia la doctrine du Jihâd et composa sa première œuvre : Le Combat sacré dans l’islam.

Après cela, il s’engagea de plus en plus dans la critique de l’Occident et dans la lutte politique contre la domination britannique. A la suite de la création du Pakistan en 1947, il prône l’instauration d’un Etat complètement islamique. L’originalité de sa pensée réside probablement dans le fait que, pour lui, l’islam constitue une idéologie, et que cette idéologie doit pouvoir constituer une alternative aux autres idéologies qui ont été produites par le monde moderne.

Les nouveaux penseurs de l’islam, de Rachid Benzine.

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