Erreurs stratégiques de l’Occident et logiciels géopolitiques dépassés, par Del Valle Alexandre, « Les vrais ennemis de l’occident « 

Malgré le bouleversement radical de l’ordre mondial observé depuis la chute du mur de Berlin et le choc du World Trade Center, les sociétés ouvertes chères à Popper n’ont jamais remis en question leurs alliances contre nature avec des États-phares du totalitarisme islamiste dont nous étudierons plus loin le double jeu.

Refusant manifestement de tirer les leçons des attentats de New York, Madrid, Londres, Orlando, Copenhague, Paris, Bruxelles, Nice, Saint-Étienne-du-Rouvray, elles continuent de désigner la Russie puis la plupart de ses alliés comme des menaces majeures pour le monde libre et l’Occident, conformément à la célèbre maxime du Guépard de Tommaso di Lampedusa selon laquelle « tout doit changer afin que tout reste pareil ». Ceci explique pourquoi lorsqu’un candidat à la présidence américaine veut discréditer son adversaire, l’accusation qui tue n’est pas d’avoir été financé par l’Arabie saoudite, le Koweit ou le Qatar, mais d’être fasciné par Poutine ou désireux de s’allier à la Russie. Comme sous la guerre froide, lorsque les États-Unis soutenaient les moudjahidines afghans les plus fanatiques face à l’Armée rouge, les pays de l’Alliance atlantique continuent de considérer comme leurs alliés les pôles de l’islamisme mondial institutionnel et comme leurs ennemis majeurs la Russie, puis nombre de régimes qui ont combattu l’islamisme radical.

Rappelons en effet que l’Occident si fidèle à l’État totalitaire wahhabite saoudien a soit lâché certains de ces pays face aux islamistes (« syndrome du Shah d’Iran » : Égypte de Moubarak, Tunisie de Ben Ali, Kémalistes en Turquie conspués par l’UE au profit de l’AKP d’Erdogan, etc.), soit diabolisé des États certes peu démocratiques mais qui ne nous combattaient pas (Syrie de Bachar el-Assad), soit même carrément attaqué militairement et renversé d’autres États en guerre contre les djihadistes et les Frères musulmans et qui ne nous menaçaient pas non plus mais étaient liés à Moscou (Irak de Saddam Hussein, Serbie-Yougoslavie de Milosevic2, Libye de Kadhafi).

Tout cela au nom des droits de l’homme par là même discrédités et au nom des cache-sexes de l’impérialisme que sont les « guerres humanitaires » ou le « droit d’ingérence ». Plus personne ne nie aujourd’hui les conséquences dramatiques de ces dérives interventionnistes et néo-impériales. Elles sont en grande partie la conséquence de la mauvaise définition des ennemis et des alliés puis de l’identification erronée de la menace par une Amérique privée de contrepouvoir. Son hyperpuissance arrogante a été aussi préjudiciable à l’équilibre mondial que l’a été la « volonté d’impuissance » de la vieille Europe complexée et persuadée à tort qu’elle doit se couper de son second poumon russo-orthodoxe. Ces représentations héritées de la guerre froide expliquent pourquoi la Russie de Vladimir Poutine – qui bat tous les records de lynchage médiatique – est exclue de l’Occident alors que la Turquie du néo-sultan Erdogan, tant sollicitée pour intégrer l’UE malgré ses dérives, demeure un pilier de l’OTAN, puis pourquoi les wahhabites saoudiens qui crucifient et lapident, sont plus que jamais courtisés et jamais cibles de sanctions, comme leurs cousins qataris ou l’État pakistanais.

Moscou continue d’être présentée comme la capitale de l’empire ennemi par excellence se voit sanctionnée économiquement et diplomatiquement pour avoir récupéré la Crimée, pourtant historiquement russe, tandis que le Pakistan, qui entretient le djihad au Cachemire indien, puis la Turquie néo-ottomane qui viole chaque jour l’espace aérien et maritime grec puis occupe, depuis 1974,37 % de l’île de Chypre et poursuit sa colonisation, sont courtisés par les pays occidentaux. De la même manière, les pays du Golfe, qui ont financé Al-Qaïda et Daech, comme la Turquie ou le Pakistan, et qui diffusent partout l’idéologie salafiste, y compris sur notre sol, n’ont jamais été autant diabolisés que la Russie et ne sont pas les cibles de sanctions occidentales.

Pendant que les Européens se repentent pour leurs croisades et les colonisations passées, nos étranges partenaires-prédateurs ne cachent pas leur admiration pour les empires islamiques d’antan, et ils inculquent à leurs coreligionnaires-sujets, y compris sur notre sol, la nostalgie de l’Espagne islamique (Al-Andalous) et le dessin de conquérir/islamiser bientôt Rome, capitale des « croisés », puis l’Occident « infidèle » dans son ensemble. On nous rétorquera que ce dessein, qui a été affiché par le calife Ibrahim (Abou Bakr al-Baghdadi, chef supposé de Daech) comme but de guerre lors de son fameux sermon inaugural de Mossoul du 4 octobre 2014, n’est que celui de gangsters fanatiques ultra-minoritaires qui « n’auraient rien à voir avec l’islam ».

Pourtant, la réalité, certes déplaisante, est que ce but apparemment démesuré n’est pas le fruit d’un délire de djihadistes hérétiques, mais l’objectif avoué de représentants éminents de l’islam mondial institutionnel soutenu par des États « amis de l’Occident » (Arabie saoudite, Qatar, Pakistan, Frères musulmans, Turquie d’Erdogan, OCI, etc.). Outre les grands imams wahhabites d’Arabie qui contrôlent les lieux saints musulmans et qui enseignent le désir de conquérir Rome et l’Occident, prenons l’exemple du célèbre prédicateur égypto-qatari, vedette d’Al Jazeera, Youssef al-Qaradâwî, coprésident de l’université de formation des imams européens de Saint-Léger-de-Fougeret et des Frères musulmans européens, qui appelle à la conquête de Rome et de l’Europe, certes, par des moyens pacifiques. En effet, dans une fatwa affichée sur le site islamonline, qu’il commente souvent et qui se réfère à un hadith célèbre, Qaradâwî, qui est également président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, chargé d’orienter les musulmans européens, rappelle la « prophétie » de Mahomet qui aurait affirmé que « la ville d’Héraclès sera conquise en premier, c’est-à-dire Constantinople », et explique que « Romiyya, ville aujourd’hui appelée “Rome”, capitale italienne, reste à conquérir, et nous espérons et croyons qu’elle sera conquise. Cela signifie que l’islam retournera en Europe en conquérant et en vainqueur, après en avoir été expulsé deux fois : une fois d’Andalousie, au sud, l’autre fois à l’est, après qu’il eut frappé à plusieurs reprises aux portes d’Athènes ».

Al-Qaradâwî est souvent revenu sur ce thème dans son émission hebdomadaire d’Al Jazeera, ajoutant : « Peut-être que la prochaine conquête, avec la volonté d’Allah, se fera par la prédication et l’idéologie. Toute terre n’est pas obligatoirement conquise par l’épée (…). Nous voulons qu’une armée de prédicateurs et d’enseignants présente l’islam dans toutes les langues et tous les dialectes…

Sujet connexe : présentation vidéo du livre d’un  ex-djihadiste David Vallat :

Avec la volonté d’Allah, l’islam retournera en Europe, et les Européens se convertiront à l’islam. Ils seront ensuite à même de propager l’islam dans le monde, mieux que nous, les anciens musulmans. Tout cela est possible pour Allah. » Du côté de l’Arabie saoudite (le « Daech qui a réussi », selon les propos de l’écrivain algérien Kamel Daoud), les buts de guerre de nos étranges « alliés » wahhabites sont tout aussi clairement affichés – comme jadis tous les conquérants et totalitaires que l’on ne prend jamais assez au sérieux – : c’est ainsi que le cheikh saoudien Mohammed Ben Abd El-Rahman Al-Arifi, imam à la mosquée de l’Académie de la défense du roi Fahd, débattant lui aussi de ce fameux hadith (jamais remis en question dans la jurisprudence sunnite), a rédigé un article sur le site Kalemat. org, dont l’extrait qui suit devrait suffire à mettre hors la loi les mosquées et centres islamiques contrôlés et financés par l’Arabie saoudite si nos dirigeants avaient compris les intentions prédatrices de leurs partenaires du Golfe : « Nous contrôlerons la terre du Vatican ; nous contrôlerons Rome et y introduirons l’islam. Si bien que les chrétiens, qui ont gravé des croix sur les torses des musulmans au Kosovo, en Bosnie et dans divers endroits du monde avant cela – devront nous payer la jizya [taxe payée par les non-musulmans chrétiens et juifs sous la charià, nda] dans l’humiliation, ou se convertiront à l’islam…

La suite dans le livre d’Alexandre Del Valle : 

 

 

 

 

 

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