L’Occident : ennemi des régimes musulmans sécularistes et allié des forces islamistes ?

Avant de répondre à ces questions, on ne peut faire l’économie de la description d’une contradiction majeure qui empêche les Occidentaux de désigner la Menace et l’Ennemi d’un point de vue géocivilisationnel et qui découle des deux conceptions opposées que l’on peut donner de l’Occident. Dans une première acception, identitaire et culturelle, l’Occident englobe tous les pays de matrice européenne et judéo-chrétienne également marqués par la philosophie grecque et le droit romain : Amériques, Europe de l’Ouest, Russie, Nouvelle-Zélande, Australie. Ces pays ont comme ennemi identitaire et stratégique principal l’islamisme radical conquérant, décliné en plusieurs pôles néo-impériaux décrits plus bas. Toutefois, dans une seconde acception, celle qui s’est imposée dans les instances atlantistes américaines et ouesteuropéennes depuis des décennies, l’Occident n’est pas situé d’un point de vue civilisationnel puisqu’il est un empire marchand et universalisteMc World ») défini par une appartenance à l’Alliance atlantique et/ou par l’adhésion au libre-échangisme économique, à la conception libérale de la démocratie et aux droits de l’homme.
Cet Occident-là, qui peut même inclure des pays non occidentaux comme la Turquie, le Japon ou la Corée du Sud, voit globalement la Russie et ses alliés chinois ou autres comme les ennemis principaux et peut logiquement considérer les monarchies du Golfe ou la Turquie néo-islamique comme des alliés susceptibles d’endiguer l’ennemi principal. Cette contradiction majeure, qui découle du fait que la définition non identitaire de l’Occident (Mc World) a pris le dessus sur l’acception civilisationnelle originelle, est la genèse de la plus grande erreur stratégique jamais commise par nos dirigeants depuis la guerre froide.

Auto-désorientés par leur utopie universaliste et leur atlantisme antirusse, puis rendus incapables d’avoir une vision géocivilisationnelle de long terme en raison du primat accordé à l’économique sur le politique, les pays occidentaux sont devenus structurellement et intellectuellement incapables d’identifier une Menace de type géoculturelle, devenue philosophiquement et stratégiquement inconcevable par principe. Cette aversion envers les considérations identitaires ou religieuses, ce pari arrogant de faire comme si elles n’étaient qu’une invention des lecteurs de Samuel Huntington, et comme si nos sociétés occidentales étaient sans racines et sans histoire, l’ont littéralement jeté dans les bras des pôles du totalitarisme islamiste. Aujourd’hui, les grands pôles de conception et de diffusion de l’idéologie islamiste sunnite dans le monde, qui sont presque en totalité des alliés de l’Occident, wahhabites saoudiens et qataris, mouvances pakistanaises ou turques, Frères musulmans, Ligue islamique mondiale et Organisation de la coopération islamique – OCI, Koweït, partagent avec les mouvances terroristes qu’ils ont souvent appuyées – même si elles se retournent contre eux – un « programme commun, minimum ». Celui-ci consiste, premièrement à renverser et éliminer tous les régimes musulmans laïques jugés « apostats » et, deuxièmement, à convertir/conquérir l’ensemble des sociétés non musulmanes puis de soumettre à terme l’Humanité aux lois de la charià. Cet objectif stratégique est annoncé et enseigné de façon officielle dans les plus hauts lieux institutionnels de l’islam sunnite mondial, puis également dans des centres islamiques prosélytes et communautaristes implantés légalement dans les sociétés ouvertes. Bien que poursuivi par des pays économiquement, politiquement et parfois même stratégiquement « alliés » de l’Occident, ce programme de conquête-islamisation décrit exactement l’intention d’un ennemi.

Alexandre Del Valle, les vrais ennemis de l’occident.  

 

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