Le détournement des mots par les autoproclamés « racisés ».

Il n’y a pas d’idéologie sans mots qui lui donnent corps. Ces derniers ont une dimension normative. Modifier ce qu’il désigne, sans les modifier eux, permet d’instiller et d’installer de nouvelles représentation et de nouvelles idéologies. Le langage est un enjeu politique puisqu’il est instrument de conquête du pouvoir, mais aussi parce-qu’il est un espace de puissance et de contrôle, de réalisation et d’action : les mots font advenir une réalité, qui peut être redessiner par l’idéologie. Par exemple, ils peuvent se métamorphoser sous l’influence d’un groupe militant et influent, auquel le publique accorde un crédit.

Ce groupe se trouve alors dans la position d’un « groupe médiatique-décideur », un statut qui lui permet de détourner, d’utiliser et de violenter les mots. Ce phénomène permet à « l’univocité dénominative » de s’installer : le nouveau sens porteur d’une charge explosive s’impose, la polysémie s’atrophie. Les termes deviennent alors des axiomes, c’est à dire, selon la définition du Larousse, des « énoncés indiscutés, admis comme base de construction intellectuelle, sociale, morale, des vérités admises par tous sans discution ».

La tolérance, présentée comme une indispensable ouverture d’esprit face à des pratiques que l’on réprouverait si elles nous concernaient, a conduit des intellectuels de gauche à défendre la dépénalisation de l’excision. On peut dorénavant se dire féministe et se voiler, ce qui revient à satisfaire des exigences patriarcales orientales. Le féminisme n’est plus synonyme d’une émancipation individuelle et collective, mais devient l’exercice d’un libre arbitre apparent, qui interdit de questionner les conditions de l’obtention du consentement.

Le « camps d’été décolonial » revient à interdire un espace et un évènement à des blancs et à des métisses. Si cette interdiction concernait des Noirs, des Juifs, des Arabes, alors elle susciterait l’indignation générale parce qu’il serait reconnu pour ce qu’il est : la perpétuation d’un système raciste similaire à celui de l’apartheid. A l’initiative des autoproclamés « racisés », la dimension raciste disparaît ; et c’est d’une revenche historique et politique qu’il s’agit. Pourquoi ? Parce-que la légitimité d’un tel rassemblement est lié à l’identité de ses promoteurs. Ils en ont le droit parce-qu’ils sont ce qu’ils sont. Nous ne pouvons pas les critiquer, parce-que nous sommes ce que nous sommes. Peut-être devrais-je écrire que vous ne pouvez pas les critiquer parce-que vous êtes ce que vous êtes. Parce-que m’inclure fait de moi une traîtresse à mes « intérêts de race ».

Leur classement se fonde sur la couleur de la peau, l’ethnie et le patronyme, c’est choses sur lesquelles nous n’avons pas de prise, mais qui me donne le droit de pénétrer dans ce camp, alors que je combat tout ce qu’il signifie, tandis que d’autres, blancs, partageront ce qui s’y dira mais en seront banni parce-que Blancs. C’est la bêtise de leur racisme : essentialiser ce qui relève de l’individu et de son opinion.

Fatiha Boudjahlat.

Présentation vidéo du livre :

Acheter le livre au meilleur prix en cliquant sur l’image :

Publicités