Empathie, sensiblerie? Force, virilité ? Ce que j’en pense en vous racontant une partie de mon d’enfance. Par Cyril Chevrot.

Quand j’étais un enfant j’ai toujours senti un décalage entre moi et les autres petits garçons de mon âge. Pas seulement parce que j’étais un enfants de foyer mais aussi et surtout parce que j’ai toujours senti en moi une sensibilité, un perfectionnisme et une empathie plus élevés chez moi que chez mes petits camarades.

En effet les jeunes de mon âge ne portaient pas une grande attention à la sensibilité des autres, moi si. Comme beaucoup de jeune de foyer j’étais très colérique et plutôt bagarreur. Mais la ou les autres se battaient pour de « l’intérêt personnel« , de la fierté, des logiques de « respect » ou de « territoire« , j’étais moi plus dans des logiques de « réparation » des injustices qui se déroulaient sous mes yeux. Non que je ne protégeais pas mes mes intérêts mais je le faisais d’une manière beaucoup moins énergique, moins viscérale que les autres. En revanche je pouvais, à 7 ans, m’en prendre de manière violente à des « grands » de 15 ans, des adultes, s’ils abusaient de leur âge pour soumettre un plus petit que lui dans le foyer, à l’école, ou simplement dans la rue.

J’avais tendance a « traîner » avec les filles plutôt qu’à jouer au foot avec les garçons. Certaines personnes, qui avaient en tête une éducation traditionnelle patriarcale, me prenaient pour un enfant fragile, peut-être même pas assez viril, ou alors carrément trop efféminé.

Pourtant leur avis  changeait quand ils me voyaient m’attaquer à des plus grands et plus forts que moi pour défendre des personnes en difficulté dans mon entourage proche. J’ai toujours prit sous mon « aile » les personnes qui m’entouraient et que je portais dans mon cœur. Au foyer ceux de ma chambrée étaient mon « équipe« . Après ce fût les élèves qui composaient mes classes successives en primaire d’abord, en secondaire ensuite, qui furent tour à tour membre de mon « équipe« .

Je me souviens d’une fois ou j’ai failli étrangler un camarade [la maîtresse est venu rosser le sale « gosse de foyer« , que j’étais, comme elle disait] qui avait frappé une de mes camarades de classe avec qui je jouais à la récré……. à la corde à sauter.

Je me souviens d’une autre fois ou je suis venu en aide a un camarade qui était harcelé et racketté par un grand du Lycée professionnel. Je me suis battu pour le défendre et même si je me suis fait correctement « appuyer » par le lycéen « racailleux« , il n’est plus jamais revenu embêter mon camarade de classe.

Il est des centaines de cas similaire tout au long de mon parcours d’enfance.

Et puis est arrivée l’adolescence. Ce moment où tout devient le chaos à l’intérieur de soi. Et je n’ai pas échappé à la règle. Vers 14 ans j’ai commencé à voir que les garçons, mes potes du quartier ou je venais d’arriver, arrivaient à plaire aux filles, pas moi…. Les hormones travaillant, l’envie de douceur me plaça en position de recherche d’une princesse. J’ai donc cherché à comprendre ce qui ne plaisait pas chez moi. Outre mes habits du secours catholique, je voyais bien que mon introversion et ma sensibilité était un problème et que je ne paraissais pas assez « viril » pour plaire aux femmes de mon milieu qui cherchaient des garçons robustes (enfin l’apparence robuste, au moins)…..

Alors, j’ai commencé à jouer la comédie pour paraître plus viril et plus fort – pensant que je ne l’étais pas, fort – et à observer méticuleusement mes amis pour être, avec eux, dans un mimétisme rigoureux sensé me rendre plus « normal » au yeux des autres. J’ai donc dû étouffer ma sensibilité exacerbée, usant parfois de cannabis et d’alcool pour la faire taire. J’ai commencé à prendre pour miens les codes de virilité en vigueur dans mon milieu et puis j’ai cherché à me battre et à me « tester » avec a peu près tout le monde.

J’ai anesthésié ma peur, rejeté mon empathie naturelle envers les autres, caché ma bienveillance, caché mes larmes, gonflé le torse et la fierté, travaillé la méchanceté et le cynisme, caché les scarifications de mon cœur, j’ai atrophié consciemment et volontairement mes émotions pour paraître un jeune homme « comme les autres« .

Je ne garde pas que de bons souvenirs de ces années même s’il y a de bons moments. Si effectivement j’ai été un si bon mouton adolescent, j’ai réussi à convaincre mon « équipe d’en bas » d’amis, quelques femmes aussi mais je ne me suis jamais convaincu moi-même d’être véritablement moi-même quand je jouais au « dur« .

Je me sentais mal dans ma peau, j’éprouvais de la claustrophobie à « m’étouffer » ainsi. Je regrettais pendant des jours, parfois jusqu’aux larmes, les actions que je posais, quand je frappais quelqu’un lors d’une bagarre, quand je volais des voitures ou quand je dépouillais une « victime »….. S’en est suivi pas mal de conneries d’ado et de petits faits de délinquance pas très graves qui ont pourtant laissés des traces indélébiles dans mon esprit. J’ai traîné avec des gens peu recommandables car quand on devient un « dur » on gravi vite quelques échelons de la « voyoucratie » et on devient de plus en plus dure chaque fois qu’on monte dans la hiérarchie des salauds.

Je suis un Quetzal qui a voulu devenir un mouton sans jamais y arriver.

J’ai fini par ne pas tenir et par redevenir brutalement moi-même vers 20 ans, sans doute épuisé par les efforts que demande une vie d’imposteur. J’ai compris alors, l’âge aidant, que ma sensibilité exacerbée n’était pas une faiblesse comme je le pensais, mais au contraire une force. Même si c’était une force pas très « conventionnelle » pour un gamin de foyer qui a passé son adolescence entre un quartier dit « populaire » et des placements ADASS. Mieux, j’ai découvert que cela pouvait plaire à certaines femmes, et à d’autres amis plus bienveillants, d’être non seulement sensible, mais surtout d’être soi-même.

Ce qui me rend toutefois triste pour le petit adolescent perdu que j’étais, c’est que ma sensibilité, celle que j’ai volontairement étouffé, est en réalité une boussole éthique parfaite qui aurait put m’éviter bien des déboires si seulement je l’avais écouté au lieu de la masquer, de la cacher comme une honte. Elle m’aurait aider à reconnaître les gens biens et les gens néfastes, à reconnaître le juste de l’injuste et elle m’aurait empêcher de faire du mal à mon prochain.

Ne demandez pas à vos garçons d’être durs, insensibles, ne leur dîtes pas de retenir leurs larmes, ne leur dîtes pas que la sensibilité est un « truc de femme » car vous les priveriez d’un outil à la valeur inestimable

Maintenant que j’ai compris mon erreur, ou plutôt maintenant que la vie m’a enseigné la bêtise de ce que j’ai fait, j’ai envie de dire aux parents qui élèvent ou élèveront des enfants et aux adolescents qui me lirais en passant par là : Ne dîtes pas à vos garçons d’être durs, insensibles, ne leur dîtes pas de retenir leurs larmes, ne leur dîtes pas que la sensibilité est un « truc de femme » car vous les priveriez d’un outil à la valeur inestimable. Vous les priveriez d’une boussole éthique intrinsèque à tout être humain et extrêmement fiable. Dîtes leur d’être fort et déterminés dans la vie, mais jamais d’être insensible ou d’étouffer leurs émotions comme on l’apprend trop souvent aux jeunes hommes.

Maintenant je ne suis plus un mouton, l’ai-je déjà été, et ce depuis l’adolescence, je le sais à présent :  je suis un Quetzal qui a voulu devenir un mouton sans jamais y arriver.

Cyril CHEVROT.

Mon parcours de vie résumé en quelques minutes dans ces vidéos :

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