L’imposture qu’est l’islamophobie. Par Fatiha Boudjahlat

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« L’intolérance, même fantasmée, a souvent pour effet la conservation des groupes qui en sont victimes. »
(Michael Walzer, Traité de la tolérance.)

Le Collectif contre l’islamophobie en France (#CCIF) se présente à la fois comme un lanceur d’alerte, une association de consommateurs et une ligue de défense des droits civils. Mais l’enjeu est ailleurs, il est dans l’enrôlement de la population qui a vocation à faire bloc. Cet objectif est plus difficile à atteindre dans un État-Nation (La France) que dans un pays de tradition multiculturaliste (Angleterre) :

« Dans la mesure où les groupes ethniques et religieux ont à assurer leur propre existence, il ne peuvent le faire ici [Dans une société d’immigration] qu’en tant qu’association purement volontaire. Cela signifie qu’ils ont plus à redouter de l’indifférence de leurs propres membres que de l’intolérance des autres. » ( Michael Walzer).

Or, la nature de l’État-Nation et de la société d’immigration retire aux leaders communautaires leur pouvoir de coercition sur les membres de la communauté : « Aucun groupe n’est habilité à se constituer par la force, à se saisir du contrôle de l’espace public ».
L’adhésion au groupe doit-être volontaire. Elle est difficile à garantir dans la mesure où :

 » L’état revendique l’exclusivité des droits de juridiction, [ce que précisément les communautés religieuses réclament et exercent dans une société multiculturaliste], considérant tous les citoyens comme individu plutôt que comme membre d’un groupe. C’est pourquoi n’est, à proprement parlé, objet de tolérance que ce qui relève des choix et des actions individuelles. Les individus sont encouragés à se tolérer les uns les autres en tant que tels, et à interpréter dans chaque cas, la différence comme une version personnalisé de la culture du groupe ; ce qui signifie que les membres de chaque groupe doivent admettre chacune de ces différentes versions chez autrui. Bientôt [c’est la hantise de tous les leaders communautaires] chaque culture connaît de multiples versions, qui elles-mêmes recueillent l’adhésion à des degrés fort divers. » (Michael Walzer)

Par un effet de grand détournement, la tolérance devient l’instrument privilégié des intolérants pour renforcer la cohésion identitaire de leur communauté et leur emprise sur celle-ci. C’est ainsi que, par la condescendance et la culpabilité qu’elle suscite chez nous, la tolérance renforce la radicalisation religieuse, car celle-ci est perçue comme le seul moyen de maintenir la cohésion de la communauté minoritaire, et le seule moyen pour empêcher sa disparition.

Et c’est justement parce que cela va mieux pour les membres de cette communauté, à titre individuel d’abord, mais collectif aussi, qu’il est devenu urgent de trouver un mot d’ordre apte à mobiliser, un slogan qui ferait figure de « rabatteur ». Tel est le rôle du concept d’islamophobie. C’est le paradoxe de la loi de Moynihan (1).

(1) : Contenu de la loi en cliquant ici.

Fatiha Boudjahlat, « Le grand détournement ».

(Légèrement mit en forme par mes soins pour internet.)

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