L’utopie, par Aymeric Caron.

Après avoir été inventé par Thomas More, le mot « utopie » est devenu un nom commun qui revêt désormais deux sens : il désigne soit un projet politique inédit, soit une idée qui refuse de tenir compte de la réalité. Or c’est cette dernière acception qui s’est imposée dans le langage courant.

L’utopiste est généralement identifié comme un extravagant, un lunaire, un inadapté, un inefficace, un amateur de chimères, un type qui vit dans son monde, sympathique certes, mais à la ramasse. « Le socialisme démocratique, cette grande utopie des dernières générations », écrit par exemple l’économiste ultralibéral Friedrich Hayek (1899-1992) dès 1946 pour discréditer toute tentative d’organisation économique cherchant à atténuer les inégalités et à promouvoir la solidarité.

Or l’histoire nous enseigne que les rêveurs politiques sont au contraire ceux qui ont permis à l’espèce humaine de tendre vers le meilleur d’elle-même, en gommant certaines de ses laideurs. Et que, contrairement à l’idée reçue, celui que l’on désigne comme un utopiste appréhende très souvent le monde avec plus de clairvoyance que ses contemporains. Il identifie avant les autres un dysfonctionnement profond et s’évertue ensuite à le faire comprendre à la majorité. L’utopiste s’autorise à voir le monde tel qu’il est vraiment, afin de pouvoir le changer.

Aymeric Caron Utopie 21.

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