Que penser après l’attentat de #Trèbe ?

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🇫🇷 Un peu de fond après cet ultime attentat à #Trèbe :

C’est une sorte de signal faible, un léger bruit de fond, qui à intervalles réguliers se transforme en fracas. Et tout à coup l’on se souvient. Nous sommes sous la menace permanente. Mais le fonctionnement médiatique en séquences hypertrophiées et frénétiques organise notre amnésie et nous incite à ne surtout pas agir, une fois l’émotion retombée. Le 1er octobre 2017, deux jeunes filles avaient été assassinées par un Tunisien en situation irrégulière à la gare Saint-Charles à Marseille. Qui se souvient de Laura et Mauranne, victimes d’un homme qui n’aurait jamais dû se trouver en liberté sur le territoire français? Aujourd’hui, les commentaires sont les mêmes, emprunts de fatalisme. On parle à nouveau «terrorisme low-cost», on s’interroge: un illuminé? Un terroriste formé? Mais avons-nous un tant soit peu progressé dans la lutte contre cette gangrène?

Le preneur d’otages de Trèbes s’est revendiqué de l’État islamique, demandant même à être reconnu comme un combattant, avant de réclamer la libération de Salah Abdeslam. Une fois de plus, le terroriste a d’abord ciblé des représentants des forces de l’ordre, des hommes incarnant l’État et la Nation. Cet homme était d’origine marocaine, déjà condamné pour délinquance. L’homme était «suivi», mais «nous pensions qu’il n’y avait pas de radicalisation», a précisé Gérard Collomb. Ce qui ouvre des polémiques sans fin. Les mêmes qu’à chaque attentat: peut-on repérer les processus de radicalisation? Contre une menace aussi diffuse, toutes les Task Force élyséennes demeureront dramatiquement impuissantes tant qu’elles ne seront pas articulées à un combat idéologique et à un réarmement moral du pays.

Salah Abdeslam, seul survivant des terroristes du 13 novembre, avait utilisé son procès belge comme une tribune. «Je constate que les musulmans sont jugés impitoyablement. Il n’y a pas de présomption d’innocence. (…) Jugez-moi, faites de moi ce que vous voulez. Je n’ai pas peur de vous, de vos alliés ou de vos associés. Je place ma confiance en Allah, mon seigneur.» Les mots qu’il avait lancés à la juge avant de se murer dans le silence étaient adressés à une jeunesse musulmane chez qui il voulait susciter un réflexe victimaire. Le message, visiblement, a été entendu. Et ce d’autant plus facilement que ce même message est martelé, jour après jour, par toutes sortes d’associations et de défenseurs plus ou moins bénévoles de minorités essentialisées et transformées en damnées de la terre, opprimées par les «dominants» et les tenants d’une culture commune.

Nous nous heurtons à la conjonction de plusieurs phénomènes. Les revendications identitaires soutenues par les gentils idéologues du multiculturalisme, concentré de ressentiment social et de narcissisme contemporain, arrivent à point nommé pour servir les intérêts d’un islam politique qui, lui, mène un combat de long terme: celui d’une conquête culturelle – et, dans certains quartiers, spatiale – des pays européens. Face à cela, l’immense majorité des musulmans, qui aspire à vivre sa foi dans un cadre pacifique et républicain, est prise en otage. Elle refuse à raison tout amalgame avec une idéologie mortifère, mais sans pouvoir empêcher ses enfants d’adhérer à une vision de plus en plus littéraliste de sa religion.

Une étude de l’Institut Montaigne l’a montré: 28 % des musulmans, en France, estiment que la charia prévaut sur la loi de la République. Comment, pour les autres, répondre à ce chantage permanent des intégristes selon lequel il n’y aurait de religion que littéraliste, et qu’un musulman «modéré» serait un peu moins musulman?

Il appartient aux sociétés européennes d’enfin comprendre l’enjeu, et de réaffirmer leur modèle de civilisation, fait de sécularisation de la société et de valeurs d’émancipation. Mais il appartient à l’Islam d’opérer une réforme de l’ampleur de Vatican II, pour enfin nettoyer le Coran de tous les éléments qui peuvent permettre aux intégristes de se présenter comme les seuls véritables musulmans, pour enfin rendre obsolètes les sourates issues des périodes guerrières, qui prescrivent la violence et la mort, l’éradication des «mécréants». Le catholicisme n’a accepté le pluralisme, puis la laïcité, que sous les coups de boutoir des penseurs, des artistes, de tous ceux qui ont avec courage contestésa dimension totalisante. Ce qui signifie que, peu à peu, la peur a changé de camp. Elle doit le faire à nouveau. Et cela ne sera rendu possible que par le retour d’un débat intellectuel sur l’Islam, tel qu’il a longtemps existé. Sinon, toutes les fiches S du monde ne serviront à rien.

Il est sans doute regrettable que la voix du président de la République ne se soit pas fait entendre sur ces questions et que les seuls messages envoyés par lui aient été les nominations dans diverses instances des promoteurs de l’idéologie victimaire qui tend à minimiser le danger de cet islamisme du quotidien. C’est retarder d’autant le moment où tous les Français, de quelque religion que ce soit, se lèveront ensemble pour affirmer leur identité et leurs valeurs communes.

Natacha Polony.

 

 

 

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