Etre noire ou Noire ? Par Tania De Montaigne.

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Qu’est-ce qu’une Noire ?

Même si, à brûle-pourpoint, il semble compliqué de donner une définition de « La Noire« , tout le monde pense savoir ce que c’est : une personne de sexe féminin appartenant au groupe des Noirs. Et, les Noirs, on voit bien en quoi sa consiste, tout le monde le voit. Immédiatement, des flopées de caractéristiques viennent s’accoler au mot comme des particules de métal sur un aimant. C’est plus fort que nous, ça colle. Les Noirs courent vite, les Noirs rient fort, les Noirs dansent bien…. Ça colle. Et, que nous ayons déjà vu des noirs nul en sport, des noirs qui ne rient pas où dansent très mal, n’annule pas l’association, au contraire. Ils deviennent l’exception qui confirme la règle.

Chacun a sa spécialité, je vais parler de la mienne, celle des Noirs, parce-que c’est celle que je connais le mieux, celle que j’ai la plus fréquentée, mais il suffira à chacun de remplacer un préjugé par un autre, plus proche, plus familier, et il verra bien de quoi il s’agit. De la même chose. L’illusion serait de croire que parce-que le préjugé est différent, la mécanique est différente, mais la mécanique est toujours la même, c’est celle de la Race. Idéologie perverse qui, partant d’un constat indiscutable : le monde se compose de populations de différentes couleurs, a inventer une hiérarchie entre ces mêmes couleurs (repartie du plus brillant, le blanc, jusqu’au plus inférieur, le noir, en passant par le jaune). Avec la Race, la couleur prend une majuscule, on ne dit plus une noire mais une Noire. S’installe alors l’idée que, pour chaque couleur, il y a une psychologie. La Noire à un caractère de Noire, le Blanc des qualités de Blanc, le Jaune des particularités de Jaune…. Par un tour de passe passe idéologique, on en arrive à l’idée qu’une personne n’est déterminée que par sa couleur, pas du tout par l’endroit où elle vit, la langue qu’elle parle, l’histoire qui l’a construite.

Plus de culture, juste la Nature qui nous définirait malgré nos expériences singulières. Et, si je dis que je suis noire sans majuscule, ça complique l’affaire. Soudain le mot redevient un adjectif, il appelle d’autres précisions, et, de ce fait, sort du registre de la Race pour entrer dans celui des couleurs. Pour que vous sachiez qui je suis, noire ne suffit pas, il me faudrait dire mon âge, ma taille, la couleur de les yeux, mes goûts, la où les langues que je parle, mon parcours, et là, vous commenceriez à avoir une toute petite idée de qui je peux bien être. Alors qu’avec la Race, tout est simple, on est ce que l’on nait, seul le sang et l’ADN font loi. Plus besoin d’être en relation avec l’autre, d’écouter, de penser, il suffit de regarder : voir c’est savoir. Je sais ce que tu penses puisque tu es Noire, je sais ce que tu va dire puisque tu es Jaune, je sais ce que tu fais puisque tu es rouge.

Avec la Race, s’invente l’idée que, rien qu’en regardant quelqu’un, on sait d’où il est et qui il est. Et si on ne le voit pas distinctement, si l’autre est de la même couleur que soi ? Alors, avec la magie de la Race, on inventera ce que l’on doit voir, le nez « spécial » du Juifs ou du Tutsi, l’allure particulière de l’Arabe (qu’aujourd’hui on appelle Musulman). Et tout le monde finira par voir ce qui n’existe pas. On commencera à croire que le Juif possède une Nature de juif, le Musulman une nature de Musulman, le Tutsi de Tutsi. Et que donc tous les Juifs pensent comme des juifs, tous les Musulmans comme des Musulmans et tous les tutsis comme comme des Tutsis puisque c’est leur race qui les déterminent. Pour qu’il y ait Race, il faut que l’imaginaire fonctionne, que l’on puisse identifier l’autre comme très différent de soi et projeter sur lui toutes les peurs qui nous traversent. Ici, le réel n’a pas sa place. Il faut que l’on croit, pas que l’on pense.

C’est pourquoi, même si la science à fait la preuve qu’il n’y a aucune différence chromosomique entre une personne d’une couleur et une personne d’une autre, pas plus qu’entre une personne d’une religion et une personne d’une autre, la Race tient bon.

L’ASSIGNATION, les Noirs n’existent pas. De Tania de Montaigne.

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