La famine aujourd’hui, de Yuval Noah Harari

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La plupart de mes lecteurs savent probablement ce qu’on ressent quand l’on saute un repas, que l’on jeûne à l’occasion d’une fête religieuse ou que l’on se contente quelques jours de boire des jus de légumes dans le cadre d’un nouveau régime miracle. Mais que ressent-on quand on n’a pas mangé pendant plusieurs jours d’affilée et que l’on ne sait où l’on pourrait bien dénicher quelque chose à se mettre sous la dent ? La plupart des gens, de nos jours, n’ont jamais enduré ce supplice. Nos ancêtres, hélas, ne l’ont que trop bien connu. Quand ils imploraient Dieu : « Délivre-nous de la famine ! », c’est cela qu’ils avaient à l’esprit.

Au cours des derniers siècles, les progrès techniques, économiques et politiques ont tissé un filet de sécurité toujours plus robuste protégeant l’espèce humaine du seuil de pauvreté biologique. De temps à autre, de grandes famines frappent encore certaines régions, mais elles sont exceptionnelles et ont presque toujours pour cause des décisions politiques, plutôt que des catastrophes naturelles. Il n’y a plus dans le monde de famines naturelles, uniquement des famines politiques. Si la population syrienne, soudanaise ou somalienne meurt de faim, c’est qu’un politicien le veut bien. Sur la majeure partie de la planète, une personne qui perd son emploi et tous ses biens ne risque guère de mourir de faim. Les assurances privées, les organismes publics et les ONG internationales ne sont sans doute pas en mesure de l’arracher à la pauvreté, mais ils lui fourniront assez de calories chaque jour pour survivre.

Au plan collectif, le commerce mondial et ses réseaux transforment les sécheresses et les inondations en autant d’occasions de faire des affaires, et permettent de surmonter rapidement et à peu de frais les pénuries alimentaires. Même quand des guerres, des tremblements de terre ou des tsunamis dévastent des pays entiers, les efforts internationaux parviennent généralement à empêcher la famine. Si des centaines de millions de gens souffrent encore de la faim presque chaque jour, très peu en meurent dans la plupart des pays.

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La pauvreté crée certainement bien d’autres problèmes de santé, et la malnutrition abrège l’espérance de vie, même dans les pays les plus riches. En France, par exemple, six millions d’habitants, soit 10 % de la population, souffrent d’insécurité alimentaire. Le matin, ils se réveillent sans savoir ce qu’ils mangeront à midi ; ils se couchent souvent sans être rassasiés, et leur alimentation n’est ni saine ni équilibrée : amidon, sucre et sel en excès, protéines et vitamines insuffisantes. Reste que l’insécurité alimentaire n’est pas la famine, et que la France de l’aube du XXI e siècle n’est pas la France de 1694. Même dans les pires taudis des environs de Beauvais ou de Paris, on ne meurt pas de faim parce qu’on est resté plusieurs semaines sans manger (comme c’était le cas en 1694).

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Yuval Noah Harari, « Homo Deus ».

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