Récupérer une autonomie spirituel, de Abdennour Bidar.

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Idéalisant ce que les différentes traditions de la sagesse, d’Orient et d’Occident, appellent la « réalisation spirituelle« , je suis entré à 19 ans dans une confrérie soufie, voie initiatique de l’Islam. Le soufisme permet, par des exercices spirituels quotidiens, de cultiver un état de conscience approfondi de la réalité. Mais c’est aussi un milieu humain ou la quête de nourrit de beaucoup de fantasmes de perfection spirituelle cristallisée par le disciple dans la personne du maître : vénéré comme un être supérieur, il fait l’objet d’une véritable idolâtrie… Ironiquement, un adage dit qu' »il n’y a rien de pire pour un maître que d’avoir des disciples« !

Pendant un temps, littéralement hypnotisé, je n’ai pas voulu le voir. Petit à petit cependant, j’ai retrouvé mon esprit critique ; ce qui m’a valu d’être chassé comme un rebelle et m’a fait perdre à peu près tous mes amis dans la voie en question.

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Au prix de très douloureuse ruptures, je me suis défait de la puissante emprise mentale qui s’était exercée sur moi. Une chose m’est alors apparue. Au lieu d’apprendre à regarder en moi-même, je m’étais laissé fasciner par l’imagerie classique de la perfection spirituelle : sainteté nourrit de paix inaltérable, d’un amour universel, d’une connaissance supérieure…. Je m’étais figuré l’Eveil de façon à la fois idéalisée et puérile.

Il m’a fallut passer par bien des désillusions pour réaliser à quel point tout cela était imaginaire.

Je pense et repense souvent, depuis cette mésaventure de jeunesse, à l’expression « sage comme une image ». C’est bien comme cela en effet que l’on se figure le sage : figé dans le sourire du Bouddha ! On veut croire que sa réalisation spirituelle l’élève à jamais au dessus des troubles de la condition humaine.

Petit à petit, j’ai compris que rien est épargné au sage. Qu’il s’agace, souffre, et doute. Que lui aussi parfois veut le bien et commet le mal, comme disait Ovide. Mais les hommes veulent des idoles. S’il y a bien une expérience transcendantale de soi possible, nous fait elle donc dépasser nos limites ? Ou vient elle mystérieusement les habiter ? Les investir sans les abolir ? Le Soi serait comme un cours d’eau puissant qui épouse les méandres de la rivière du moi sans ralentir sa course, comme une flamme si ardente qu’elle fait feu de tout bois. Cette conviction était en moi depuis mon plus jeune âge mais j’ai mis du temps à la redécouvrir.

Aujourd’hui, je ne cherche plus aucun héroïsme ni aucune sainteté. Aucun état supérieur, aucune révélation intérieure ! Je regarde d’un œil septique ceux qui portent ou vendent les masques de telle ou telle perfection spirituelle.

Abdennour Bidar, dans le philosophie magazine du mois de Mai.

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