Que penser des événements actuels entre Israël et Palestine ? Par Bernard Guetta.

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Bernard Guetta, journaliste français, spécialiste de géopolitique internationale et Prix Albert-Londres 1981, réagit après une manifestation qui tourne au drame. Voir ici:   http://www.leparisien.fr/international/direct-ambassade-americaine-inauguree-a-jerusalem-des-dizaines-de-morts-a-gaza-14-05-2018-7715148.php.

 

 

 

L’indignation ne suffit pas si l’on veut contribuer à élargir les rangs du « Camp de la paix » plutôt que ceux des pro-israéliens et des pro-palestiniens, quelle bêtise d’ailleurs que ces expressions, il faut discuter les raisons des uns et des autres.

Tout pays, disait le premier ministre israélien, a l’obligation de défendre son territoire.

Oui, c’est vrai, mais des manifestants ne sont pas une armée, et quand bien même certains d’entre eux, et même beaucoup d’entre eux, n’étaient pas aussi non violent qu’on le dit, on ne tire pas sur des manifestants comme sur des soldats prêts à vous envahir.

La responsabilité de ces morts tragique, a déclaré pour sa part la Maison Blanche, repose entièrement sur le Hamas qui provoque intentionnellement et cyniquement cette réponse d’Israël.

Alors oui, il est tout à fait vrai qu’avec ces manifestations de « la marche du retour » dont l’objectif était belle et bien, officiellement bien, de pénétrer en Israël, le Hamas n’entendait offrir qu’une alternative aux Israéliens : tirer devant les caméras du monde entier sur des manifestants sans armes ou laisser opérer une percée sur son territoire dont le mouvement Islamiste aurait tirer un prestige politique.

Oui, ce sont là des faits. Mais il n’est pas interdit à un mouvement politique, Islamiste ou pas, de choisir ses armes dès lors qu’elles ne sont pas létales. Rien n’obligait les autorités israéliennes à contrer cette manœuvre par des tires à balles réelles. Il y’a de nombreux autres instruments de répression des manifestations qui tous valent mieux que des tires de snipers et un bilan de 58 morts et plus de 2000 blessés.

À ce point du débat, on approche d’une vérité que les Israéliens n’aiment pas dire: ils ont peur.

En ce jour du 70° anniversaire de leur état et du transfert de l’ambassade américaine a Jérusalem, ils craignaient, depuis le début de ces manifestations il y a 7 semaines, que des foules trop nombreuses pour être arrêtées ne marchent vers Israël venant de Gaza puis de la Cisjordanie.

Alors ils ont préféré mettre la barre assez haut pour que cela ne se produise pas. On verra aujourd’hui si ce calcul était le bon.

Mais outre que ce bilan n’est pas admissible, totalement inadmissible, la vérité est encore ailleurs.

L’intitulé même de cette « Marche du retour » signifie que la Hamas et ses partisans croient encore en une reconquête. Ils veulent le départ des Israéliens exactement comme les droites israéliennes voudraient que ces Palestiniens disparaissent où ils veulent, en Jordanie ou jusqu’en Californie.

70 ans plus tard on en est toujours des deux côtés au refus de « l’autre », et ce bilan là est encore plus tragique que celui des morts…

 

Explication en vidéo:

 

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