Comment reconnait-on la victoire d’une civilisation ? Par Régis Debray.

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Une civilisation à gagné quand l’empire dont elle procède n’a plus besoin d’être impérialiste pour imprimer sa marque. Ni d’une gendarmerie aéroportée pour peser sur le cours des choses. Ni d’un coup de poing sur la table pour aimanter les regards.

Elle peut se dire victorieuse quand ce n’est plus « une« , mais « la » civilisation, que sa langue est devenue « lingua franca« , et sa monnaie, l’aune commune. Quand elle peut se retirer sur ses terres sans cesser d’irradier. Quand les allogènes qui adoptent ses tics, ses plis et ses normes n’ont même plus conscience qu’il s’agit de coupé-collé. Quand le donneur d’ordre n’a plus besoin de donner des ordres.

Une civilisation à gagné quand tout ce qu’elle façonne est devenu naturel et qu’il est malséant de chercher à reconstituer quelles actions ont permis à telle « civilité » de s’imposer et quel système de force gît sous la norme à respecter.

Quand le particulier devient l’universel, dira le philosophe. Quand la domination devient l’hégémonie, dira le sociologue. Plus simplement : quand il n’y a plus lieu de discuter, et qu’un livre comme celui-ci a quelque chose d’un peu suspect.

Régis Debray, Civilisation.

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