La différence entre une puissance militaire et une civilisation. Par Régis Debray.

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L’armée rouge a gagné la seconde guerre mondiale contre le nazisme, les États-Unis ont gagné la paix qui a suivi. L’Union soviétique, après 1945, a constellé l’Europe orientale et l’Asie centrale de garnison et de missiles, mais il n’en est pas sorti une civilisation communiste susceptible de transcender et de fédérer les quant-à-soit locaux.

Manquait le bas Nylon, le « chewing-gum » et le « hot-dog ». Plus Grace Kelly et Jackson Pollock. Les États-Unis, peu après, ont fait encore plus et mieux en matière d’arsenaux, mais si, à deux mille implantations militaires sur les 5 continents, ne s’étaient pas adjoints trente-cinq mille McDo dans cent dix-neuf pays ( dont mille cinq cent en France ) accompagnés d’une langue idéale pour la traduction automatique, du rasoir Gillette, des microsillons du saxophoniste Lester Young, dit « the Prez » (pour président), et du décolleté de Marilyn, il n’y aurait pas aujourd’hui de civilisation américaine. La panoplie n’est que la moitié du programme, et l’on ne s’assied pas plus sur des bâillonnettes que sur des missiles. Un mode de vie désirable se doit non de réprimer, mais d’imprimer et d’inventer. Stakhanov n’était pas Bill Gates.

Pouvoir faire mal, mais d’abord faire du bien.

En résumé, une suprématie survit à l’emprise, et l’emprise à l’empire.

Régis Debray, « Civilisation« .

 

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