La « French Touch » a-t-elle de l’avenir? Par Régis Debray.

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Rien n’est jamais acquis à l’homme, ni son amour ni la civilisation. Ainsi des petits royaumes d’Asie d’abord hobdouisés puis islamisés, comme l’Indonésie et le Cachemire, ou à l’inverse bouddhisés, comme le Népal. Ils ont dû réinsérer leur culture, à couvert ou en contrebande, dans un plus ample écosystème, arrivé sur le tard, de façon à sauver les meubles et la face. La culture fonctionne alors en camp retranché, tenue de négocier avec les nouveaux tuteurs.

Il arrive souvent, en effet, qu’une vieille civilisation, prise dans le « mainstream » d’une offre nouvelle et mieux-disante, doive se replier sur son identité nationale, tel un périmètre de sécurité. Elle narcissise ses petites différences, stylises ses totems, théâtralise son accent. La France semble faire sienne cette logique de survie. Astérix montre ses muscles dans un pays anxieux de son orthographe parce qu’elle se perd, et qu’un fils de cadre fait plus de fautes qu’un fils d’ouvrier en 1930.  » Si tu ne m’avais pas déjà quitté, ma chère âme, je ne te poursuivrais pas sur mes tribunes ni dans mes lois si tes portes-parole n’avaient pas un vocabulaire de deux cents mots, si mon président ne plaçait pas un <<faire en sorte que>> toutes les deux phrases, crois tu que l’article 2 de la Constitution stipulerait que la langue de la république est le français ? Tu n’aurais ni mes soupirs ni mes appels de phares. »

De fait, Montréal s’étant muée en une ville nord américaine comme les autres, le Québec, en réaction, a exhumé la fleur de lys, voté la loi 101 rendant le français obligatoire pour les immigrants, arboré de son « joual« , ses chanteurs et ses poètes.

Pris en remorque dans son mode de vie et de consommer, par son grand voisin du Nord, le Mexique, de l’autre côté, surligne ses traits aztèques pour ne pas devenir une sous-amérique, à grand renfort de musée, de tacos, de charangos, et de Frida Khalo.

Et, au royaume de France, le Puy du Fou affiche complet. Notre communauté immaginaire, fiction continuée à travers un réel contrariant, sort ses bijoux de famille, Versailles, la rue Lepic d’Amélie Poulain et la place du Tertre, restaure ses châteaux, son Marais et son patrimoine, avec « L’amour est dans le pré », le Roquefort et le Petit Nicolas.

L’art de vivre, la mode, le bon goût, la campagne. Bordeaux et Bourgogne. Brassens reviendra demain, avec les chansons à textes, sur des radios locales. Et l’imparfait du subjonctif s’épanouira dans les sociétés savantes du Périgord. La « French Touch » a de l’avenir.

Régis Debray, Civilisation, « comment nous sommes devenus américains ».

 

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