Pourquoi, les anti-racistes (aussi racialistes) et les racialistes salissent la victoire des Bleus ? Par Fathia Boutjhalat.

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Interview. “C’est toujours la condescendance racialiste qui salit les joueurs, la victoire, et se manifeste comme un symptôme d’une morbidité politique”, explique Fatiha Boudjahlat, essayiste et auteur de l’ouvrage Le grand détournement.

Depuis la victoire des Bleus en finale de la Coupe du monde, de nombreux commentateurs évoquent pour s’en réjouir la diversité de couleurs de peau au sein de l’équipe de France. Êtes-vous étonnée par cette récupération et que vous inspire-t-elle ?

Ils tombent eux mêmes dans les pires clichés qu’ils dénoncent le reste de l’année. Ils découvrent la lune. Ils confondent diversité, réalité empirique ancienne en France, et multiculturalisme, en enfermant ces joueurs dans leur épiderme, alors qu’on les célèbre pour un exploit sportif. Pour un comportement et non pour une essence. J’ajouterais s’agissant des journalistes qu’en effet l’équipe de France présente plus de diversité sociale et ethnique que leurs salles de rédaction. Alors je ris jaune en me disant que les Français vivent fort bien dans cette diversité sans tomber dans le misérabilisme qui a fait dire à des contributeurs du club Mediapart « combien de Mbappe noyés dans la Méditerranée ». Ils refusent donc, à l’instar des racistes d’extrême droite de les considérer comme des égaux. Comme leurs compatriotes. On ne peut être noir sans avoir traversé récemment la Méditerranée en pneumatique ?

(Un peu comme le présente ici Tania De Montaigne : ici).

C’est toujours la condescendance racialiste qui salit les joueurs, la victoire, et se manifeste comme un symptôme d’une morbidité politique. Nulle joie sans autopsie sociologique accusatoire immédiate. Foutez nous la paix. Foutez leur la paix. Eux se sentent Français, en sont heureux. Il faut qu’une Rokhaya Diallo publie un texte nauséabond (ici) qui n’a rien à envier aux délires d’un Henry de Lesquen, pour voir de la contrainte dans la manifestation de leur fierté et bonheur d’avoir joué et gagné pour la France.

Enfin, qu’auraient ils dit si l’équipe avait perdu ? Que c’était la preuve que la diversité était un échec ? Quel manque de cohérence ! Cette récupération nie le comportement pour célébrer une essence. Elle est l’exact pendant des racistes qui ne se sont pas reconnus dans cette équipe parce que non blanche. Il ne faut pas célébrer l’équipe de France ou la conspuer en raison de l’origine (souvent lointaine) des joueurs. Il faut la célébrer parce que les joueurs ont accompli un exploit, qu’ils nous ont fait honneur.

Sur le même sujet : https://cyrilc42.blog/2017/02/06/le-differentialisme-culturel-cest-aussi-accepter-un-remede-pire-que-le-mal-lui-meme-contre-la-racisme-au-lieu-de-combattre-ce-dernier-efficacement-par-wassyla-tamzali/

Les antiracistes ont d’abord célébré la différence, avant d’interdire son expression sous peine d’être accusé de discrimination. Ils recommencent aujourd’hui à trier des joueurs en fonction de leurs couleurs de peau, mais refusaient toute distinction de cette nature quand l’équipe de France était au fond du trou, en 2010 notamment. Ne tournent-t-ils pas en rond ?

Le fait d’appartenir à la gauche, et donc au camp du bien, rend paresseux intellectuellement : ils ne pensent plus. Ils sont en mission humanitaire. Cette condescendance est absente d’une relation entre égaux. Elle montre surtout qu’ils ne côtoient pas ces gens dont ils célèbrent la couleur de peau. L’historien Fauvelle, spécialiste de l’Afrique du Sud, utilise l’expression de chromatocratie pour qualifier ce régime raciste. Nous sommes dans ce nuancier dogmatique. Dans le règne de la chromatocratie et dans celui de la généalocratie : de l’AOP-AOC appliqué aux humains.
Il fallait rattacher chaque joueur à une origine extra-européenne !

Pire, ils font un lien entre la couleur et la réussite. Mais ils refusent, avec raison, ce lien de causalité quand il s’agit de délinquants.

La couleur de peau ne prédispose pas à un acte. À une moralité. On n’aime pas quelqu’un en raison ou en dépit de sa couleur. Ils tournent en rond comme des poissons rouges disposant d’une mémoire de trois minutes.

Dans leur incohérence, les voilà partageant la vidéo dans laquelle Obama parle de la victoire de joueurs qui ne ressemblent pas à des gaulois, « mais qui sont Français. Ils sont Français ». Alors nos chers misérabilistes obamaniaques sont tout perdus: leur idole se démarque d’eux ? Il a fallu qu’un joueur de l’équipe de France tweete la liste des noms des Bleus suivis d’un drapeau français pour répondre aux si nombreux médias qui mettaient en avant l’origine comme facteur déterminant dans l’identité et la réussite.

J’ai honte et suis à la fois émue que des joueurs assument ce positionnement républicain. Ils ne devraient pas avoir à le faire.

Vraiment, j’aimerais dire une chose très simple : il n’y a pas un bon racisme de gauche et un méchant racisme d’extrême droite. Il n’y a que des identitaires qui n’ont rien compris à la République.

Je pense à Belattar se vantant d’être plus français que l’imam Chalghoumi, naturalisé, et se moquant de son accent ! Comme aurait pu le faire une Marion Maréchal-Le Pen. On n’est pas plus Français qu’un autre. Cela, les indigénistes d’extrême-rien et leurs partenaires indigénistes d’extrême droite ne le comprennent pas. On est Français tout court. C’est la République.

Par contre, on peut se montrer citoyen ou non. Être un bon ou un mauvais citoyen. Benzema n’a pas été tenu à l’écart de l’Equipe De France à cause de ses origines. Mais à cause d’actes qu’il a posés. Quelle mépris de la part de ces bourgeois humanitaires que de nous dénier le droit de nous sentir bien dans nos baskets françaises. On ne trahit pas en aimant la France. On est chez nous. N’en déplaise aux racistes d’extrême droite et aux racistes d’extrême gauche. Et le fait d’être chez nous nous oblige et ne réduit pas à l’exercice de droits et à la formulation d’exigences. C’est cette attitude honorable qui rend cette équipe de France profondément attachante. L’honneur, ces gens bourgeois devraient essayer.

Sur le même sujet : https://cyrilc42.blog/2018/04/19/nationalistes-vs-communautaristes-deux-combats-opposes-par-tania-de-montaigne/

Je trouve étrange de célébrer la diversité. C’est comme célébrer l’air.

Après la vaste campagne de promotion de la diversité qui a suivi la victoire de l’équipe de France en 1998, avec notamment le slogan “Black-Blanc-Beur”, pourquoi la gauche politique et militante n’a-t-elle pas pris acte de l’échec de cette propagande, qui s’est rapidement heurtée au réel ?

Échec, propagande. Ce sont vos termes et votre analyse. Ce n’est pas la mienne. J’ai le souvenir d’un grand bonheur spontané. D’une communion. Et il faut dire aussi que c’était une période de croissance économique. Contrairement aux gauchistes, je ne renonce pas à une lecture sociale. Je trouve étrange de célébrer la diversité. C’est comme célébrer l’air. Pourquoi célébrer quelque chose de naturel? La diversité est une réalité empirique. Elle ne saurait être une fin en soi, sauf à être dans le racisme d’extrême gauche.

Plantu a fait un ignoble dessin célébrant les personnes d’ « origine migratoire ». J’ai eu l’impression d’être un oiseau migrateur et j’ai eu envie de déféquer sur sa voiture. Comme un oiseau migrateur. Mes parents sont immigrés. Ma mère est naturalisée française. Je suis Française. Je suis Française. Autant qu’eux. Meilleure citoyenne qu’eux, de toute évidence. Eux qui se sont juste donné la peine de naître refusent aux autres, à l’autre, la figure ultime étant celle du noir musulman, l’enracinement.


Le grand détournement, de Fatiha Boudjahlat
Editions du cerf, Collection Actualité.
208 pages, novembre 2017, 18,00€

Présentation du livre en vidéo :


Le grand détournement, de Fatiha Boudjahlat
Editions du cerf, Collection Actualité.
208 pages, novembre 2017, 18,00€

Source: https://www.valeursactuelles.com/societe/fatiha-boudjahlat-la-condescendance-racialiste-salit-les-joueurs-et-la-victoire-97382

2 commentaires

  1. Selon un autre auteur, il s’agit (en 98) de célébrer la NATION. Bref de surmonter tous les clivages au profit de la fausse unité confuse au profit de ceux qui tirent les marrons du feu, les capitalistes et leurs élites. Donc on dit que tout le monde doit être derrière l’équipe nationale, même multicolore, et que les immigrés doivent être sages et ne pas revendiquer ni être fainéants (cfr Macron) mais travailler comme eux sans se plaindre. De même on a souligner que les femmes (passives) s’associaient à la fête, à l’ADMIRATION des Grands HOMMES et ne pas revendiquer d’autres choses qui menacent l’unité. Idem bien sur pour la lutte des classes qui menace la paix nationale de la Nation, de la République (on ne dit pas « les citoyens, les français de toutes origine », car c’est l’Unité personnalisée, France République ou Marianne qui doit cacher ces clivages qui n’ont pas droit de cité.
    Donc « se réjouir de la victoire des bleus » est aussi un mot d’ordre ambigu. Or ce sont les racialistes qui défont l’unité à LEUR profit, profit de leurs idées. Cette équipe multicolore de français peut aussi permettre de qu’il faut reconnaître les droits de tout citoyen, etc. Cfr https://singuliermasculin.wordpress.com/2018/07/11/le-sport-et-la-domination-masculine-au-coeur-de-la-nation/ et le lien proposé.

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