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Le problème, selon le bouddhisme, c’est que nos sentiments ne sont rien de plus que des vibrations fugitives, qui changent à chaque instant, telles les vagues de l’océan. Voici cinq minutes, j’étais joyeux et déterminé, mais ces sentiments ont disparu, et je pourrais bien me sentir triste et abattu. Si je veux connaître des sentiments plaisants, il me faut donc être constamment à leur poursuite, tout en chassant ceux qui sont désagréables. Même si j’y réussis, tout est aussitôt à recommencer, sans que je sois jamais récompensé durablement de ma peine.

Les gens sont libérés de la souffrance non pas quand ils éprouvent tel ou tel plaisir fugitif, mais quand ils comprennent l’impermanence de leurs sensations et cessent de leur courir après.

 

À quoi rime de remporter des prix aussi éphémères ? À quoi bon s’acharner à décrocher une chose qui disparaît presque sitôt apparue ? Selon le bouddhisme, la racine de la souffrance n’est ni le sentiment de peine ni celui de tristesse, voire d’absence de sens. La véritable racine est plutôt cette poursuite incessante et absurde de sensations éphémères qui nous mettent dans un état permanent de tension, d’agitation et d’insatisfaction. Du fait de cette poursuite, l’esprit n’est jamais satisfait. Quand bien même il éprouve du plaisir, il n’est pas content, parce qu’il a peur qu’il ne dure pas et voudrait tant que cette expérience se prolonge et s’intensifie. Les gens sont libérés de la souffrance non pas quand ils éprouvent tel ou tel plaisir fugitif, mais quand ils comprennent l’impermanence de leurs sensations et cessent de leur courir après.

Yuval Noah Harari, Sapiens.

 

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