Appréhender la notion de bonheur, avec Yuval Noah Harari dans le livre « Sapiens ».

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Rien ne résume mieux l’argument biologique que le fameux slogan New Age : « Le bonheur commence en soi. » Argent, statut social, chirurgie plastique, belle maison, pouvoir : rien de tout cela ne vous apportera le bonheur. Le bonheur durable ne saurait venir que de la sérotonine, de la dopamine et de l’ocytocine.

Dans Le Meilleur des mondes, le roman dystopique qu’Aldous Huxley publia en 1932 à l’apogée de la Grande Dépression, le bonheur est la valeur suprême, et les médicaments psychiatriques remplacent la police et le scrutin au fondement de la politique. Chaque jour, chacun prend sa dose de « soma », un produit de synthèse qui rend les gens heureux sans nuire à leur productivité et à leur efficacité. Il n’y a pas de guerre, de révolution, de grèves ou de manifestations pour menacer l’État mondial qui gouverne la Terre entière, parce que tout le monde est suprêmement satisfait de ses conditions présentes, quelles qu’elles soient. La vision d’Huxley est bien plus troublante que celle du livre « 1984 » de George Orwell. Le monde d’Huxley paraît monstrueux à la plupart des lecteurs, mais il est difficile d’expliquer pourquoi. Tout le monde est heureux tout le temps ! Qu’est-ce qui ne va pas ?

Le monde déconcertant d’Huxley repose sur l’hypothèse biologique que bonheur égale plaisir. Être heureux, ce n’est ni plus ni moins qu’expérimenter des sensations physiques plaisantes. Notre biochimie limitant le volume et la durée de ces sensations, il n’y a qu’un moyen de faire en sorte que les gens connaissent un niveau élevé de bonheur sur une longue période : c’est de manipuler leur système biochimique.

Certains chercheurs contestent toutefois cette définition du bonheur. Dans une étude célèbre, le prix Nobel d’économie Daniel Kahneman a demandé aux gens de raconter une journée de travail typique, épisode par épisode, en précisant chaque fois à quel point ils en concevaient plaisir ou déplaisir. Dans la façon dont les gens voient leur vie, il a découvert ce qui a tout l’air d’un paradoxe. Prenez le travail qu’implique d’élever un enfant : Kahneman observe que, si l’on compte les moments de joie et les moments fastidieux, on a l’image d’une affaire assez déplaisante qui consiste largement à changer les couches, faire la vaisselle et affronter des crises de rage – toutes choses que personne n’aime faire. Et pourtant, la plupart des parents déclarent que leurs enfants sont leur principale source de bonheur. Est-ce à dire que les gens ne savent pas vraiment ce qui est bon pour eux ? C’est une possibilité.

 

Une vie qui a du sens et qui en vaut la peine.

 

Une autre est que ces conclusions démontrent que le bonheur n’est pas l’excédent de moments plaisants sur les moments déplaisants. Le bonheur consiste plutôt à voir la vie dans sa totalité : une vie qui a du sens et qui en vaut la peine. Le bonheur a une composante cognitive et éthique importante. « Pitoyable esclave d’un bébé dictateur » ou « éducateur affectueux d’une vie nouvelle », ce sont nos valeurs qui font la différence.

« Celui qui a une raison de vivre, disait Nietzsche, peut endurer n’importe quelle épreuve ou presque. » Une vie qui a du sens peut être extrêmement satisfaisante même en pleine épreuve, alors qu’une vie dénuée de sens est un supplice, si confortable soit-elle.

Yuval Noah Harari, « Sapiens ».

Avis sur le livre en vidéo ici :

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