La religion, un anxiolytique naturel ? Par Boris Cyrulnik.

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Les croyances sont malléables sous l’effet des conditions extrêmes.

Que ce soit la découverte de Dieu ou sa disparition, cette représentation est éprouvée comme une certitude. Pourquoi faudrait-il démontrer que je respire, que je suis vivant, que je crois en Dieu ? Je sais que j’y crois, puisque je le sens, c’est tout.

Les croyances sont authentiques, claires et irréfutables, même quand elles se métamorphosent.

Le grand-père de Joseph, Juif très pieux, se disputait avec son fils qui luttait contre le nazisme en étant communiste. Le lien entre les deux hommes était déchiré quand ils se sont retrouvés à Auschwitz. Le fils a vu son père, tout nu, entrer dans la chambre à gaz et quand le père a aperçu son fils, il a crié : « Reviens à Dieu, reviens à Dieu… » et il est entré. Le fils, sidéré, a senti que son corps se désincarnait. C’est alors que le sentiment de Dieu est revenu en lui.

Une extrême émotion proche de la mort a probablement le même effet qu’une extrême émotion proche de la passion.

Les mystiques témoignent du plaisir chaste et pourtant sexuel qu’ils éprouvent en rencontrant Dieu, comme l’écrit sainte Thérèse : « Que de tendres affections ! Que de transports d’amour ! […] Les plaisirs sont sans fin, où l’époux et l’épouse […] se font un vrai plaisir de reposer l’un dans l’autre […] torrent de volupté […] pur amour. »

Dans l’expérience religieuse la consolation est associée avec l’admiration et l’activation de l’attachement. Dans la vie quotidienne il n’est pas rare qu’un acte sexuel console d’un chagrin. Un homme désolé peut déclencher la tendresse d’une femme. Une femme chagrinée se réfugie souvent dans les bras d’un homme ou d’une divinité : « J’ai été absorbée, enivrée, perdue dans un abîme d’indicibles consolations causées par la plus belle, la plus divine vision […] celle de Notre-Seigneur environné de lumière. »

Que l’extase soit déclenchée par une substance comme le peyotl ou la cocaïne ou par une représentation surhumaine, l’émotion est si intense qu’elle retentit sur le cerveau. Il suffit de parler pour activer un réseau de neurones temporaux à gauche, il suffit de regarder une image pour que la zone occipitale qui traite les informations visuelles consomme de l’énergie, et quand l’émotion est forte, c’est le circuit limbique qui est activé.

Mais l’action d’une substance est immanente, car la drogue n’a pas besoin de sens pour déclencher une émotion, alors qu’une représentation provoque un sentiment qui a des effets plus durables que ceux d’une drogue.

Boris Cyrulnik, « Psychothérapie de Dieu ».

 

 

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