Le malentendu des religions. Par Boris Cyrulnik.

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L’effet de la croyance en Dieu est bénéfique pour le corps et pour le psychisme, comme le prouve le rétablissement chez les anxieux des sécrétions neurobiologiques et du fonctionnement cérébral, dès qu’ils sont apaisés.

Le malentendu s’installe quand chaque religion propose sa fiction explicative. Pour l’une, le monde a été créé en six jours et Dieu, comme un homme, s’est reposé le septième. Dans une autre croyance, Dieu s’est accouplé avec une déesse, un homme vivant est sorti de sa cuisse… ou de la boue… est tombé du ciel… ou s’est dégagé des animaux…

Toutes les religions socialisent les âmes et sécurisent les cœurs, mais leurs fictions explicatives différentes provoquent souvent une sensation de sacrilège. Celui qui ne croit pas ce que croit la majorité se retrouve en situation de dissidence, de mécréance ou même de blasphème. Paradoxalement, la simple existence d’un mécréant renforce le sentiment d’appartenance des croyants normaux qui, se sentant menacés, se regroupent pour défendre leur Dieu.

Toute persécution du groupe des croyants renforce leur religiosité. On peut même affirmer qu’un groupe de croyants cherche à se faire persécuter afin de réactiver sa solidarité religieuse.

« Longtemps, l’Inquisition fut associée à la persécution et à la condamnation des hérétiques. Cependant, les dissidents de l’Église catholique ne furent pas les seuls à être l’objet de ses poursuites. Sorciers et magiciens furent nombreux à subir le verdict de la justice pontificale. Ainsi naquit la fameuse chasse aux sorcières. »

Au projet de sauver les âmes et conserver la chrétienté s’ajoute l’intention masquée de prendre le pouvoir en se disant persécuté. L’histoire des religions est une longue série de malheurs dont les croyants ont triomphé grâce à leur union et au maintien de leur foi.

Adorer un homme cloué sur une croix, vénérer les martyrs percés de flèches, admirer le courage d’une sainte dévorée par les lions, s’exalter en écoutant le récit de petits garçons hachés par les fusils des occupants, ces malheurs mettent du texte autour de quelques images horribles afin d’indigner les croyants et de légitimer leur propre violence. Pas de culpabilité ni de honte quand on massacre pour défendre le Dieu sacré qui a été insulté.

Boris Cyrulnik, « psychothérapie de Dieu ».

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