L’empathie comme remède contre le fanatisme. De Boris Cyrulnik?

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Quand une existence apporte chaque jour son lot d’agressions, c’est le lobe frontal droit qui est le plus stimulé.

Les conditions adverses ont rendu un tel cerveau sensible aux affects négatifs. Le sujet malheureux a besoin d’aller chercher des explications magiques pour lutter contre son malaise.

Mais quand son milieu familial et culturel lui propose une spiritualité, cette personne dispose d’une arme mentale qui l’aide à trouver le soutien affectif, la solidarité et la transcendance suffisante pour se remettre à vivre.

Les athées ont un lobe gauche dominant plutôt euphorisant, peut-être parce qu’ils se sont développés dans un milieu en paix. Ils ont moins besoin de la réaction spirituelle de défense. Alors que les croyants qui affrontent une existence difficile dans une culture en guerre ou en précarité sociale doivent s’entraîner pour développer ce mécanisme de défense.

Quand ces personnes trouvent dans leur contexte une spiritualité et une religiosité, elles combattent victorieusement leur difficulté à vivre. La culture et le cerveau s’associent pour les mener à la victoire. La spiritualité est vitale pour elles.

Les étudiants qui se sentent religieux sont hypersensibles aux tragédies de l’existence. Ils s’engagent dans des activités caritatives dont tout le monde profite. Les étudiants athées, moins touchés par les malheurs du monde, se protègent des émotions désagréables en s’orientant vers des activités moins transcendantes.

La religion est un phénomène humain majeur qui structure la vision du monde, sauve un grand nombre d’individus, organise presque toutes les cultures… et provoque d’immenses malheurs !

Pour comprendre cette terrifiante merveille, il faut associer des disciplines différentes comme la psychologie développementale, la clinique de l’attachement, les expériences psychosociales et les découvertes récentes du fonctionnement cérébral.

Ces données hétérogènes, en s’harmonisant, créent une nouvelle affectivité : l’attachement à Dieu.

Le système religieux, en se déréglant, donne des troubles :

▪️    Culturels : guerres de religion.

▪️    Psycho-affectifs : fanatisme.

▪️    Neurologiques : extases délirantes ou hallucinations.

Quand le développement de l’empathie est sain, un frein émotionnel s’installe dans l’esprit du sujet qui ne peut plus tout se permettre dès qu’il comprend que ses pulsions coûtent cher à ses proches.

L’empathie, socle neurologique et affectif de la morale, n’a pas besoin de spiritualité pour se mettre en place. Mais lorsque le développement de l’empathie s’arrête chez un croyant aveuglé par sa foi, c’est au nom de son seul Dieu que, devenu fanatique, il extermine les mécréants.

De même, lorsque le chaste mystique s’enflamme et que l’objet de son amour devient sacré, la moindre égratignure lui fait l’effet d’un blasphème. Alors l’idéaliste passionné prépare l’assassinat du sacrilège.

Boris Cyrulnik, « Psychothérapie de Dieu ».

 

 

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