J’ai lu le livre passionnant de Michael Privot et Ismaël Saidi sur la vie du prophète de l’islam, Muhammad. Il est impressionnant de voir à quel point les récits et légendes à propos du Prophète auraient été mit en forme et en consistance après la mort de Celui-ci. Cela n’enlève pourtant rien à la Foi des musulmans, ce livre montre juste  les limites de ce que l’on sait réellement du Prophète en faisant le trie, et donc la distinction, entre ce qui est du domaine du l’Histoire et ce qui relève de la croyance.

Il met en évidence le contexte de la révélation et passe à la loupe de la critique rationnelle les différentes hypothèses à propos de ce qui est rapporté par la tradition islamique à propos de la vie du prophète.

Un livre vraiment enrichissant ! Je vous recommande evidémment ce livre que vous pouvez vous procurer ici :

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Cyril.

Présentation du livre en vidéo :

Extraits du livre :

« Ismaël, il faut que tu saches, avant de rentrer dans le concret de l’histoire du Prophète, que l’on a plus aucun document datant de son époque en notre possession.

Bien sûr, tu pourras voir au musée de Topkapi, à Istanbul, son manteau et son épée, et tu trouveras aussi des personnes qui vénèrent pieusement des poils de barbe qu’on prétend être les siens. Tout cela appartient probablement au domaine de la fable.

Cela dit il faut reconnaître que beaucoup de gens, et cela vaut pour toutes les communautés religieuses, ont besoin de ce genre de supports pour ancrer leur foi, pour se donner du courage, pour se convaincre que ce en quoi ils croient est bien réel. Et cela ouvre bien entendu la porte à toutes celles et ceux qui veulent utiliser la crédulité des gens sincères pour profiter d’eux financièrement ou pour tirer des avantages symboliques, comme du pouvoir ou de la reconnaissance.

Mais il faut admettre qu’il ne reste rien du passage du Prophète, si ce n’est ce que l’on a pu transmettre à son propos ou à propos de ce qu’il aurait lui-même raconté.

Les derniers vestiges des premiers siècles de l’Islam (de vielles maisons mecquoises) ont été « bulldozés » avec soin par les autorités saoudiennes contemporaines afin de faire (officiellement) de la place pour le business du pèlerinage, mais surtout pour éviter que certaines traces archéologiques ne fassent l’objet d’un culte de la part de musulman-e-s à la piété un peu rustique. »

« Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? De Michael Privot et Ismaël Saidi.

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« Le document le plus proche de la vie du Prophète, c’est le Coran qui, au-delà de son contenu spirituel, fait référence à certains éléments concrets de sa vie. La tradition islamique rapporte que la version que nous possédons fut assemblée une vingtaine d’années après le décès de Muhammad (en 632) par le troisième calife Uthman (m. en 656).

Des recherches actuelles proposent l’hypothèse que la période de rédaction du Coran se serait en fait poursuivie un peu plus longtemps ( probablement jusqu’à la fin du VIIè siècle), mais cela n’apporte pas de changement majeurs quant à ce qu’il évoque de la vie de Muhammad.

Il y a encore une autre source : c’est ce que les musulmans ont fini par appeler la sunna, littéralement le sentier, celui du Prophète.

C’est un ensemble hétéroclite de propos, faits et gestes de Muhammad, appelés hadîth-s (littéralement, un « propos, quelque chose qui arrive vraiment »), et rassemblés dans de grands recueils à partir de la fin du IXè siècle, soit plus de 200 ans – c’est à dire 8 ou 9 générations – après le décès de Muhammad. Un sacré décalage.

Les receuils les plus célèbres sont ceux d’al-Bukhâri (m. en 870) et de Muslim (m. en 875), tous deux nommés « Sahîh » ( littéralement,  » ce qui est saint » ou « juste »). Aucun de ces deux auteurs n’étaient d’origine arabe, et encore moins bédouine. Al-Bukhâri venait de l’actuel Ouzbékistan et Muslim du sud-est de l’Iran actuel.

Ils sont nés dans des contextes et des époques bien différents de ceux de Muhammad, à un moment où l’Empire abbasside est au sommet de sa puissance, couvrant un territoire s’étendant du milieu de la Méditerranée jusqu’au confins du Pakistan actuel, brassant des peuples et des richesses incroyables, et en chemin pour devenir un centre mondial de rayonnement culturel et Intellectuel – très loin, à nouveau, de ce qu’était La Mecque et Médine au temps de Muhammad. »

« Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? » De Michael Privot et Ismaël Saidi

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« Quoi de plus efficace, en effet, pour maintenir ses propres pratiques et traditions que de dire que le Prophète aurait affirmé que c’était une bonne chose ?

C’est l’argument ultime, non ?

Un exemple terrible : celui des mutilations génitales féminines. Alors que cette pratique était totalement inconnue en Arabie et au Proche-Orient à l’époque du Prophète, des gens chez qui cela se pratiquait (Égypte, Soudan…) ont fabriqué quelques hadîths dans lesquelles le Prophète aurait affirmé qu’il n’y a pas de mal dans cette pratique.

On leur à coller une chaîne de transmission vraisemblable, et hop, le tour est joué : comme il n’y a pas vraiment de critique sur le contenu pour voir s’ils seraient en contradiction avec les valeurs du Coran ou pas ( et ici, ce serait évidemment le cas), il suffit de forger des chaînes garantes relativement solides et crédibles à partir des profils de transmetteurs établis par les traditionnistes, et ça passe auprès des fidèles qui n’ont pas les ressources pour se poser toutes ces questions. »

Michael Privot, Ismaël Saidi, « Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? ».

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« Il faut parler aussi un peu de la dernière étape de la transmission : la fixation de la tradition, en particulier par écrit.

Dès lors que la pratique du Prophète devient normative et consignée par écrit, ce qui relevait d’une transmission plus flexible, où l’on ne prêtait pas nécessairement attention à l’importance du mot exact pour autant que le sens paraisse identique, va devenir sujet d’interprétations sans fin et de coupage de cheveux en quatre.

En effet, étant donné que la « sunna » va être considéré comme une sorte de deuxième strate de la Révélation (le Prophète étant celui qui aurait le mieux incarné le Coran dans sa pratique ), chaque mot va compter et être susceptible d’interprétation, d’exégèse, de développement théologique tout comme le Coran.

Si le hadîth rapporté par Muslim (10) cité ci-dessus est véritablement authentique, c’est précisément de cela que se serait méfié le Prophète : il aurait interdit la mise par écrit de ses propos et laissé libre cours à la transmission orale, probablement pour éviter cette fixation problématique où l’on surcharge un mot de signification et c’est d’autant plus problématique quand on s’interdit de remettre en cause son contenu.

Michael Privot et Ismaël Saidi Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ?.

(10) : Muslim a rapporte, que l’Envoyé de Dieu – صلى الله عليه و سلم – a dit: « N’écrivez rien de moi si ce n’est le Coran. Et qui a écrit de moi quelque chose, en dehors du Coran, qu’il l’efface ».

Idées de Lectures : 

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« A mesure que l’islam se constituait comme Religion avec ses caractéristiques propres au cours des siècles qui suivirent le décès de Muhammad, les oulémas ont tenu à marquer une différence entre les hadiths, qui
acquièrent une portée de plus en plus normative, et les récits (khabar), qui visaient plutôt l’histoire événementielle de la vie du Prophète.

Leur mode de transmission s’est également peu à peu aligné sur celui des hadiths, mais avec un degré de précision moindre, pourrait-on dire, en acceptant des chaînes de transmission moins formelles.

En effet, comme il ne s’agissait pas ici de définir la doctrine, mais de relater des événements historiques, beaucoup ont admis la possibilité d’inclure des récits qui auraient été considérés comme douteux s’il avait été question de religion. En gros, on aurait été plus tatillon sur la religion que sur la vie du Prophète. Par ailleurs, il faut aussi se rappeler que, dans la culture arabe du temps de Muhammad, on n’était globalement pas aussi pointilleux qu’aujourd’hui sur l’exactitude des faits. Ce n’était pas ce qui comptait le plus.

Ainsi, Ibn Qutayba (828-889), un écrivain proche des idées du très littéraliste Ibn Hanbal, aimait à citer un propos de Hudhayfa b. al-Yaman, un disciple du Prophète : «  Nous, les Arabes quand nous rapportons [ des informations historiques ] nous changeons la date des dénements, [ en les déplaçant ] avant ou après. Nous ajoutons et nous retranchons [ des détails ] à volonté, mais nous n’avons aucune volonté de mentir« .

Ce qu’il dit, c’est que l’important est de produire un récit qui fasse sens pour ses auditeurs : la factualité historique n’est pas la plus déterminante.

Diminuer l’importance de certains détails ou au contraire broder autour d’autres pour en augmenter l’attrait, voire en inventer, ce n’est pas du mensonge, c’est produire un récit qui signifiera quelque chose pour les gens à qui on le racontera.

Ce n’est pas mal en soi, c’est le rapport à la factualité des gens de cette époque, du Prophète, mais aussi de celles et ceux que l’on nommera par la suite ses Compagnons et de celles et ceux qui viendront après eux.

Cela peut expliquer les divergences importantes que l’on voit à propos de certains faits, tels qu’ils sont rapportés dans ces siras.

Tu comprends dès lors qu’une histoire du Prophète qui serait uniquement fondée sur des faits bien établis est extrêmement difficile à écrire, puisque seuls nous sont parvenus le Coran, les hadiths et les siras, fondées sur ces khabars à la factualité problématique et souvent contradictoire. »

Michael Privot et Ismaël Saidi, « Mais au fait qui était vraiment Mahomet ? »

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« Nous sommes tellement habitués à l’appeler ( le Prophète de l’islam ) comme cela que nous croyons dur comme fer qu’il s’agissait de son véritable prénom (Muhammad).

Pourtant, ce nom n’apparaît que quatre fois dans le Coran (v3,144 ; 33.40;47,2; 48,29), dans des sourates qui datent toutes de la seconde période de son prophétat, la période médinoise (622-632) « , quand Muhammad est devenu le chef de la nouvelle communauté qu’il tente de mettre sur pied.

En période mecquoise (610-622), le Coran ne le désigne jamais par son prénom ni aucun autre nom d’ailleurs, mais par sa fonction (« nadhir », l’avertisseur; « nabi », le prophète; « bashir », celui qui apporte la bonne nouvelle), ou en s’adressant directement à lui en le tutoyant («N’as-tu pas vu comment ton Seigneur s’est occupé des gens de l’Eléphant» ,v. 105,1).

Cette façon de s’adresser à lui s’étend donc sur plus de 15 ans, puis voilà qu’à de rares occasions, le Coran désigne soudainement le Prophète par ce que l’on considère aujourd’hui comme un prénom, Muhammad, qui signifie « celui dont on célèbre la louange ». Prénom qui, par ailleurs, ne semblait pas très répandu à son époque. Il paraitrait plutôt qu’il s’agissait d’un titre de gloire politique (un laqab) décerné aux personnes influentes.

Par exemple, le roi des Ghassanides, dont nous avons déjà parlé, portait le titre, en langue syriaque, qui est de la même famille que l’arabe, de Mahmadan (le plus glorieux, le plus célèbre), ce qui pourrait expliquer pourquoi ce nom n’apparaîtrait qu’en fin de parcours, quand la réputation de Muhammad est bien établie et que son entourage s’adresse à lui avec cette marque de respect, assez peu courante dans la culture tribale de l’époque.

Certains font même l’hypothèse que ces quelques mots pourraient avoir été ajoutés dans le Coran après son décès. Ce qui n’est pas non plus invraisemblable.

Dès lors, si tel n’était pas son prénom, il semblerait qu’il ait pu s’appeler Qutham (littéralement : « celui qui donne avec largesse sur sa part du butin »).
Il y a des indices en ce sens : le grand historien al-Baladhuri (m. 892) rapporte que le père de Muhammad aurait été appelé Abu Qutham (le père de Qutham) et qu’un des frères de ce dernier s’appelait ainsi, sachant qu’il était de coutume de donner à un neveu le prénom d’un oncle paternel décédé.

Le fait que le Prophète aurait eu pour prénom Qutham est un détail qui ne change pas grand-chose à sa trajectoire historique, mais le fait que cela soit un élément pratiquement ignoré par la plupart des musulmanes, au point de considérer qu’un titre de gloire potentiel puisse être devenu avec le temps son prénom «officiel », illustre bien notre rapport problématique à l’histoire de cet homme. Nous sommes de fait plus souvent face à une histoire sainte, où les aspérités et les contradictions sont effacées, qu’à l’histoire d’un être humain apparemment convaincu d’avoir à accomplir une mission hors du commun.

Michael Privot et Ismaël Saidi, « Mais au fait qui était vraiment Mahomet ? »

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« Le converti avait besoin de retrouver ses propres codes pour comprendre, croire en cette nouvelle religion et surtout pour acquérir le sentiment de faire partie de la grande histoire de cette croyance. On parlera d’acculturation et de « mythes d’acculturation » pour expliquer ces processus (mythes des récits de l’histoire du Prophète).

Ce n’est pas pour rien que Bahîra/Nastûr aurait été moine nestorien (le moine qui aurait reconnu le statut de Prophète de Mohammad) : il n’était pas simplement chrétien, il faisait également partie de la communauté chrétienne la plus nombreuse au Moyen-Orient quelque deux siècles après la mort de Muhammad, quand les conversions massives vont s’opérer vers l’Islam. En ce sens, ce récit permet d’envoyer un message aux nouveaux venus ou hésitants :

 » Ne vous tracassez pas, vous ne devennez pas hérétiques, vous rejoignez la communauté de la prophétie authentique, reconnue par l’un des plus pieux des vôtres ». 

Michael Privot et Ismaël Saidi, « Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? »
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« Nous sommes en pleins mois de ramadân, au cœur de l’été. Bon, j’avoue que les journées sont rudes, qu’il fait chaud et pour couronner le tout, le soleil se couche à 21 H 55, ici à Paris.

Ce soir, Michaël vient manger chez moi, donc j’ai tout préparé. La soupe, les dattes, les œufs, les pâtisseries, bref assez pour mourir du diabète en une heure. Il finit par arriver, on va enfin pouvoir manger. Nous sommes assis tout les deux devant la table bien garnie, j’ai l’œil rivé sur ma montre, j’attends patiemment que ce soit l’heure lorsque, soudain, Michaël décide de commencer.

Ismaël : Michaël ! T’es fou, il est 21 H 52 !

Michaël : Et ?

Ismaël : Ben c’est à 21 H 55, le coucher du soleil, donc si tu manges trop tôt, ton jeûne ne compte pas.

Michaël : Ah bon ? C’est écrit où ?

Ismaël : ben dans le Coran !

Michaël : Le Coran parle de trois minutes avant le coucher du soleil ? Le Coran donne une heure ?

Ismaël : Ben…. en fait….

Michaël : Tout d’abord, le Coran indique un moment pour arrêter de jeûner : le début de la nuit ; hors le soleil met un certain temps à se coucher, donc mes 3 min n’y changeront rien. Ensuite, tu plaques de nouveau ton monde moderne, avec ses appareils qui donnent une heure d’une précision atomique, sur le VIIème siècle et enfin, pendant la deuxième période de sa prédication, celle où le jeûne du mois de ramadân a été « instauré », Muhammad avait d’autres chats à fouetter que de vérifier si les contribules mangeaient « à l’heure ». »

Michael Privot et Ismaël Saidi, « Mais au fait, qui était vraiment Mahomet ? »

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Vidéo de présentation du livre ici : 

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