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« Le naufrage des civilisation de Amin Maalouf. Présentation et extraits par Cyril Chevrot.

« Le naufrage des civilisations » de Amin Maalouf :
Ce livre de 336 pages est sorti le 13 Mars 2019 chez Grasset.

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Le livre nous expose les raisons du naufrage des civilisations actuelles et les défis que celles-ci devront relever dans les années à venir.
Je vous donne une présentation complète du livre ici en vidéo :

Et voici des extraits du livre : 

« On a tord de mettre systématiquement en opposition les intérêts et les principes. Parfois, ils se rejoignent. La magnanimité est quelquefois une habileté, et la mesquinerie une maladresse.

Notre monde cynique répugne à l’admettre, mais l’Histoire regorge d’exemples probants. Souvent, lorsqu’un pays trahit ses valeurs, il trahit aussi ses intérêts. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

« Je ne doute pas qu’il se trouve, sous tous les cieux, d’innombrables personnes de bonne volonté qui veulent sincèrement comprendre l’Autre, coexister avec lui, en surmontant leurs préjugés et leurs craintes.

Ce qu’on ne rencontre presque jamais, en revanche, et que je n’ai connu moi-même que dans la cité levantine ou je suis né, c’est ce côtoiement permanent et intime entre les populations chrétiennes ou juives imprégnées de civilisation arabe, et des populations musulmanes résolument tournées vers l’Occident, sa culture, son mode de vie, ses valeurs. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

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« J’ai toujours eu un grand attachement pour la civilisation de mes pères, j’ai espéré la voir renaître, prospérer, s’épanouir, retrouver son rayonnement, sa grandeur, sa générosité, son inventivité, pour qu’elle puisse éblouir une fois encore l’humanité entière. Jamais je n’aurais cru qu’au crépuscule de ma vie, je serais amené à décrire son itinéraire par des mots tels que détresse, désolation, dérive, cataclysme, régression, naufrage, perdition….

Mais comment qualifier autrement ce paysage délabré qui s’étale devant nos yeux ? Ces pays se désintègrent, ces communautés millénaires que l’on déracine, ces nobles vestiges que l’on démolie, ces villes éventrées, et puis cet indescriptible déchaînement de de sauvagerie – lapidations, décapitations, amputations, crucifixions, lynchages -, le tout filmé et diffusé pour que le reste de la planète n’en perde pas une image ?

Rarement, dans l’histoire des peuples, la haine de soi a conduit à de telles extrémités. Au lieu de rehausser le prestige de leur civilisation, au lieu de souligner sa contribution à l’aventure humaine dans les mathématiques, l’architecture, la médecine ou la philosophie, au lieu de rappeler à leurs contemporains les grandes heures de Cordoue, de Grenade, de Fès, d’Alexandrie, de Syrte, de Bagdad, de Damas, ou d’Alep, les descendants des sublimes bâtisseurs d’hier se montrent indignes de l’héritage dont ils sont les dépositaires.

On dirait même qu’ils cherchent délibérément à faire honte aux amoureux de leur civilisation, pour donner raison à ses détracteurs. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

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« Oserais-je espérer qu’un jour, les peuples qui ont donné naissance à Averroès, à Avicenne, à Ibn Arabi, à Khayyâm et à l’émir Abdelkader, sauront eux aussi redonner à leur civilisation des moments de vraie grandeur ? »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

 

 

« Ce qu’il y a de pire pour un perdant, ce n’est pas la défaite elle-même, c’est d’en concevoir le syndrome de l’éternel perdant. On finit par détester l’humanité entière et par se démolir soi-même.

C’est précisément ce qui arrive de nos jours à la nation de mes ancêtres. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

 

 

« Un exemple éloquent de la manière dont on peut faire face à une épreuve historique majeure, c’est celui de la Corée du Sud.

Elle connais depuis le milieu du siècle, une situation éminemment traumatisante ; la moitié nord de la péninsule est dominée par une étrange dynastie communiste, qui a développé les armes les plus dévastatrices, et qui menace sans cesse de les utiliser contre ceux qui se mettraient en travers de sa route, et notamment contre la Corée du Sud.

Personne n‘aurait pu blamer cette dernière si elle avait vécu, au cours des décennies écoulées, dans une constante paranoia : si elle avait conservé un régime militaire répressif, avec un état d’urgence permanent : et si elle avait consacré toutes ses ressources à la préparation de la grande bataille à venir.

Mais ce n’est pas ce qu’elle a fait. Après une période de dictature anticommuniste, elle s’est résolument engagée, à partir des années quatre-vingt, sur la voie d’une démocratie pluraliste et libérale ; elle a donné la priorité absolue à la qualité de l’enseignement ce qui lui vaut d’avoir aujourd’hui l’une des populations les plus instruites de la planète : et elle s’est employée à développer son économie et à élever, année après année, le niveau de vie de ses citoyens.

Quand je contemple la Corée d’aujourd’hui, j’ai de la peine à croire que, dans les atlas de ma jeunesse, elle faisait partie du tiers-monde, et qu’elle venait même, dans les classements, derrière – souvent même loin derrière – des dizaines de pays qu’elle a su « doubler » allègrement dans sa course, notamment le Mexique, l’Argentine, l’Espagne, la Turquie, l’Iran et l’Irak, ainsi que le Liban, la Syrie ou encore à l’Égypte. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

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« D’ordinaire, l’esprit du temps agit sans qu’on s’en rende compte. Mais quelquefois son effet est si manifeste qu’on le voit quasiment intervenir en temps réel. C’est en tout cas l’impression que j’ai eue quand je me suis penché à nouveau sur l’histoire récente pour essayer d’en tirer quelques enseignements.

Comment avais-je pu ne pas voir une si forte conjonction entre les évènements ? J’aurais dû en tirer depuis longtemps cette conclusion qui, aujourd’hui, me saute aux yeux ; à savoir que nous venions de rentrer dans une ère éminemment paradoxale où notre vision du monde allait être transformée, et même carrément renversée.

Désormais c’est le conservatisme qui se proclamerait révolutionnaire, tandis que les tenants du « progressisme » et de la gauche n’aurait plus d’autre but que la conservation des acquis. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

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« L’avènement de Mme Thatcher n’aurait pas eu la même importance s’il ne s’inscrivait pas dans un mouvement profond et ample qui allait dépasser très vite les frontières de l’Angleterre. D’abord vers les États-Unis, donc, puis vers le reste du monde.

Les préceptes de la révolution conservatrice anglo-américaine seront adopté par de nombreux dirigeants de droite comme de gauche, parfois avec enthousiasme, parfois avec résignation.

Diminuer l’intervention du gouvernement dans la vie économique, limiter les dépenses sociales, accorder plus de latitude aux entrepreneurs et réduire l’influence des syndicats seront considérés désormais comme les normes d’une bonne gestion des affaires publiques. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

 

 

« De mon point de vue, c’est l’évolution des sociétés humaines qui détermine leur lecture des textes sacrés. Et ce sont les vicissitudes de l’Histoire qui détermine la manière dont les peuples vivent et interprètent leurs croyances. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

 

 

« J’ai dit que les régimes communistes avaient déconsidéré pour longtemps les idées universelles qu’ils étaient censés promouvoir.

Je me dois d’ajouter que les puissances occidentales ont, elles aussi, abondement discréditer leurs propres valeurs. Non parce qu’elles ont combattu avec acharnement leurs adversaires marxistes ou tiers-mondistes – cela, on pourrait difficilement le leur reprocher ; mais parce qu’elles ont instrumentalisé avec cynisme les principes universels les plus nobles, au service de leurs ambitions et de leurs acidités ; et, plus que cela encore, parce qu’elles se sont constamment alliées, particulièrement dans le monde arabe, aux forces les plus rétrogrades, les plus obscurantistes, celles-là même qui allaient un jour leur déclarer la plus pernicieuse des guerres.

Le spectacle affligeant que la planète présente en ce siècle est le produit de toutes ces faillites morales, et de toutes ces trahisons. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

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« Au seins du monde arabe, la conséquence la plus immédiate du choc pétrolier fut que les pays qui exportaient la précieuse denrée se retrouvèrent en possession d’énormes liquidités, ce qui leur procura un avantage certain sur ceux qui n’avaient pas les mêmes ressources.

L’Egypte perdit la place prépondérante qu’elle occupait du temps de Nasser ; l’Arabie saoudite apparut, du jour au lendemain, comme un acteur de premier plan ; quant aux dirigeants de l’Irak et de la Libye, Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi, ils en vinrent se rêver en nouveaux
Leader de la nation arabe, et ils sacrifièrent l’essentiel de Ia fortune nouvellement acquise au service de cette ambition, sans parvenir à leurs fins.

Un effet plus durable de ce déplacement de puissance se produisit au niveau des mentalités et de l’atmosphère intellectuelle. Les idées qui avaient cours jusque-là, inspirées par le nationalisme, le socialisme ou le modèle des sociétés occidentales, furent peu à peu éclipsées par d’autres, qui provenaient de pays désertiques ayant longtemps vécu à l’écart des grands courants de pensée qui soufflaient sur le monde.

Et l’on vit apparaître dans la sphère politique de nouveaux acteurs, au profil inhabituel : des hommes jeunes, élevés dans des environnements très conservateurs et disposant parfois de moyens financiers considérables, qu’ils étaient prêts à dépenser pour la propagation de leur foi.

On connaît aujourd’hui le nom d’Oussama Ben Laden et de quelques autres, qui ont commandité ou commis des attentats spectaculaires.

Mais ce sont des centaines de milliers d’anonymes, peut-être même des millions, qui ont contribué aux combats d’Afghanistan, de Bosnie ou d’ailleurs, sans y avoir jamais mis les pieds, en envoyant simplement leur obole à quelque collecteur de fonds, avec la certitude d’accomplir ainsi un acte de piété.

Tant d’Arabes se sentaient alors humiliés, déboussolés, orphelins de leurs héros trahis par leurs dirigeants comme par les idéologies modernes auxquelles ils avaient cru !

Ils étaient mûrs pour s’enrôler sous les étendards de la religion. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

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« Comment démontrer qu’en des temps où l’enrichissement outrancier fascine et fait rêver, il est inévitable que la corruption se propage au sein des classes dirigeantes, et dans l’ensemble de la société ?

Que lorsque l’égoïsme des individus et des clans est justifié, légitimé, voir considéré comme un instrument de la Providence, les liens de solidarité entre les différentes composantes de la population se distendent ? Que lorsque « les riches et les célèbres », fussent-ils voyous, sont érigés en modèles, c’est toute l’échelle des valeurs qui s’en trouve discréditée ? »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

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« La Fontaine avait illustré, dans La Cigale et la Fourmi, ce qui était la morale de son temps, et qui semblait avoir une validité universelle et perpétuelle, à savoir que le travail minutieux, appliqué, quotidien, était une valeur sûre dont la cigale aurait dû s’inspirer au lieu de chanter « tout l’été ».

Dans la fable, la fourmi avait le beau rôle. Son assiduité au travail, en toute saison, lui valait l’approbation de tous et mettait les rieurs de son côté.

« Vous chantiez ? j’en suis fort aise, se moque-t-elle, Eh bien, dansez maintenant ! La cigale était, si l’on peut dire, dans ses petits souliers.

De nos jours, c’est l’inverse qui se produit. Les fourmis sont moquées, et ont vu leurs parents trimer toute leur vie, du matin au soir, sans jamais accéder à l’aisance matérielle, ni intégrer la classe moyenne, encore moins sortir de l’anonymat, éprouvent pour eux de la pitié plutôt que de l’estime.
Rien ne les pousse à suivre leur exemple.

Tout, au contraire, les incite à s’en démarquer, pour imiter ceux qui ont « réussi », ceux qui se sont enrichis, fût-ce par des rackets et des trafics sordides ; ou pour gagner, par n’importe quel moyen, leur quart d’heure au paradis de la notoriété.

On ne dira jamais assez quelles perturbations peut provoquer, au sein d’une population, le renversement des modèles ; quand on se met à admirer ceux qu’on a longtemps jugé répréhensible, et à mépriser ceux qu’on a longtemps jugé exemplaire.

A-t-on besoin de longues démonstrations pour comprendre qu’un quartier où les dealers dont plus admirés que les instituteurs devient un foyer de décomposition sociale ?

Et quand la société entière se trouve dans des dispositions d’esprit similaires, quand les activités pécuniairement lucratives sont plus valorisées que celles qui sont socialement utiles, les conséquences, dévastatrices, sont impossibles à maîtriser.

Tous les comportements des citoyens en sont affectés…. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

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« Je ne voudrais pas minimiser les progrès remarquables accomplis par les Européens depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je les applaudis de tout cœur.

Mais je ne puis nier que j’approuve aujourd’hui un certain désenchantement. Car j’attendais autre chose de mon continent d’adoption : qu’il offre à l’humanité entière une boussole, qu’il lui évite de s’égarer, qu’il l’empêche de se décomposer en tribus, en communautés, en factions et en clans. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

 

 

« Le comportement de certaines forces de gauche est inquiétant : elles levaient naguère l’étendard de l’humanisme et de l’universalisme, mais préfèrent aujourd’hui prôner des combats à caractère identitaire, en se faisant les porte-parole des diverses minorités ethniques, communautaires ou catégorielles ; comme si, renonçant à bâtir un projet pour la société entière, elles espéraient redevenir majoritaires en coalisant les ressentiment. »

Amin Maalouf, « Le naufrage des civilisations ».

Présentation et résumé du livre ici : 

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