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Présentation du livre « Combattre le voilement » de Fatiha Boudjahlat, par Cyril Chevrot.

Bonjour,

Je vous présente aujourd’hui le livre essai « Combattre le voilement » de Fatiha Boudjahlat. C’est un livre de 218 pages publié chez les Editions du Cerf le 21/03/2019.

Ce livre est le second essai de l’auteure car elle a sorti, également aux Edition du Cerf, un autre essai l’année dernière le 03/11/2017. Je vous avais déjà parlé de ce premier essai ici : https://cyrilc42.blog/2018/03/21/presentation-du-livre-le-grand-detournement-de-fatiha-boudjahlat-par-cyril-chevrot/

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Mais revenons à l’essai que je présente aujourd’hui : 

C’est un livre qui, comme son nom l’indique, va s’intéresser aux systèmes qui amènent au voilement des femmes et des petites filles.

On va commencer par parler du titre qui parait agressif et qui pourtant ne l’ai pas : le but de cet essai est de combattre, et on ne parle ici que du combat de mots et d’idées, les systèmes, les aliénations volontaires et les lâchetés intellectuelles qui permettent ou promotionnent le voilement dans la société française. Il ne s’agit donc pas ici de combattre les femmes voilées ou d’avoir une quelconque violence verbale ou physique à leur endroit ! C’est évident mais il faut parfois réaffirmer fermement les évidences.

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Extrait précis du livre à propos de ce que j’ai expliqué ci-dessus :

Combattre le voilement n’est pas combattre la femme, la fille ou la fillette voilée. C’est combattre un système, un cadre mental rigoriste, un symbole orthodoxe et le signe d’une hiérarchie des rôles et des dignités entre les hommes et les femmes. Je ne combat pas plus leur foi, qui est aussi la mienne.

Il est également important de dire que le livre est préfacé par madame Elisabeth BADINTER.

Alors je vous le dis de suite c’est un livre que j’ai dévoré et que j’ai grandement apprécié ! En effet le livre est dense et il met en perspective les différentes problématiques autour du voilement et donc, aussi, du voile.

Le livre commence par nous montrer que malgré les différentes significations que les islamistes, les indigénistes et certaines néo-féministes occidentales donnent au voile, celui-ci reste ce qu’il est intrinsèquement depuis hier en passant par aujourd’hui et ce qu’il sera très surement aussi demain : l’expression du patriarcat.

Fatiha Boudjahlat va s’intéresser à tous les arguments de justification du port du voile – que ce soit par les islamistes, les indigénistes, les néo-féministes ou certains politiques – et de la légitimité ou non de le tolérer dans la société française – et au nom de quoi ? Elle va s’intéresser également aux fameux arguments du « libre choix » de porter le voile qui serait, alors, la quintessence de la « puissance d’agir » féminine. Nous verrons dans ce livre que cette « puissance d’agir » féminine est en réalité un trompe l’oeil . Il y a un passage que je trouve d’ailleurs particulièrement éloquent c’est le moment ou Fatiha Boudjahlat analyse le fameux slogan qui est désormais brandi par les islamistes et les femmes voilées : « Mon Corps, mon Choix, mon voile! »

Exemple de réponse du livre à ce slogan :

Le côté volontaire et libre n’est pas une fin en soi : la liberté a un contenu éthique où elle n’est que licence.

Rappelons la formule de Montesquieu évoquée dans l’introduction : la liberté, c’est pouvoir faire ce que l’on doit vouloir. La liberté ne se réduit pas à une puissance d’agir et relevé de l’éthique de responsabilité.

Ajoutons, comme l’écrivait Jules Renard, que « la liberté a des limites que la justice lui impose ».

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Ce livre va également mettre en perspective l’affaire de l’étudiante voilée de l’UNEF. Une affaire qui avait créé la polémique en mai 2018 quand, sous prétexte de tolérance et de progressisme, le syndicat étudiant de l’UNEF à la Sorbonne avait accepté comme présidente une femme voilée en contradiction, pourtant totale, d’avec les valeurs affichées de ce syndicat. Et il se trouve que ce « cas d’école » est bien plus intéressant qu’il n’y parait si on accepte d’y regarder de plus près et c’est précisément ce que fait pour nous  Fatiha Boudjahlat.

Ce livre va également aller dans le détail de la polémique autour de Mennel – jeune fille voilée apparut dans un télé-crochet sur la TV Française –  pour nous montrer que là encore il s’agit d’un « cas d’école » bien plus intéressant qu’il n’y parait de prime abord. Cette polémique nous permet même de comprendre les rapports de force à l’oeuvre dans le pays pour banaliser et faire accepter le voile comme quelque chose de tout à fait banal et normal.

Quoi de plus simple que de remplacer la coercition du voilement dans les républiques islamiques par la compétition et la surenchère de vertu dans les pays occidentaux ou cette coercition n’est pas possible ?

Un choix. Libre. Le voilement comme exercice de la liberté qui n’existe pas dans les pays islamiques ou musulmans. C’est trop court. De plus, les sciences humaines, la philosophie et le droit ont progressé en intégrant les concepts d’aliénation volontaire, d’emprise et de contrainte, qui ne se réduit pas à la violence.

Le voilement n’est pas féministe parce qu’il est librement consenti par des femmes. Les femmes ne sont pas féministes par essence. Il n’y a qu’à voir les milices de la vertu dans le territoire de Daech ou en Iran : des brigades de femmes traquant d’autres femmes. Elles aussi le font volontairement. Allons nous les en féliciter pour autant ? Ou nous taire ?

Fatiha Boudjahlat, « Combattre le voilement ».

Le livre aborde également la fameuse polémique des mamans voilées accompagnatrices scolaire qui est, elle aussi, une polémique qui n’est pas si anodine que cela. Fatiha Boudjahlat montre qu’il y a, là aussi, un rapport de force qui se joue où les défenseurs des mamans voilées inversent et détournent les concepts démocratiques et libéraux de leur sens premier afin de les faire valoir selon leur lecture militante du voilement.

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Le livre aborde également la triste question d’un phénomène de plus en plus courant: le voilement des petites filles. La encore il s’agit de remettre les choses en place et de penser aux droits des enfants avant la tolérance d’ultra-orthodoxie qui sont, comme le rappel Fatiha Boudjahlat, avant tout un choix extrême que les parents doivent assumer mais que les enfants n’ont pas à supporter. Un choix qui nie, en l’occurrence, et cela est parfaitement montré dans le livre, les droits universaux des enfants.

Dans ce livre sont abordé encore beaucoup de sujets qui posent problème entre le voile et la société française, entre le voile et la citoyenneté, entre le voile et le féminisme français, entre le voile et la dignité des femmes….

Il y a dans ce livre beaucoup de notes et de référence permettant au lecteur d’aller lui-même reprendre les éléments dont parle Fatiha Boudjahlat dans le livre, ce qui est très agréable pour s’assurer que l’auteure donne des informations exactes ou pour continuer la réflexion après avoir terminé le livre.

Il y a également beaucoup de références faites à de nombreux intellectuel(le)s qui sont cités dans le cadre de la réflexion de l’auteure dont, par exemple, la féministe algérienne Wassyla Tamzali dont j’avais chroniqué le livre « Une femme en colère, lettre d’Alger aux européens désabusés » ici :

Nous arrivons donc à la conclusion et je pense que vous l’avez compris j’ai beaucoup apprécié ce livre qui est formidable de clarté, de rigueur, et qui est en plus très instructif quant à la prise de conscience des enjeux politico-religieux qui se cachent derrière le voile et le voilement.

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Un livre que je vous conseil donc de tout cœur et qu’il faut lire très rapidement, tout comme l’essai de l’année dernière  » Le grand détournement » d’ailleurs.

Merci, Cyril Chevrot.

 

Présentation vidéo du livre :

Extraits du livre : 

« Le problème, d’un point de vu féministe, c’est que les frontières culturelles ont tendance à être tracées sur le corps des femmes. »

Oonagh Reitman, « multiculturalim and féminism » citée par Fatiha Boudjahlat

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« Les mêmes féministes revendiquant Metoo après l’affaire Weinstein excluent à présent les femmes orientales des gains de cette mise sur la table de violence et du droit de cuissage pratiqué de manière ordinaire sur les femmes.

Elles qui traquent les effets et signes du patriarcat occidental jusque dans la grammaire sont atteintes de cécité et de surdité culturelles.

Sous prétexte qu’en Occident le voilement n’est pas forcé, ou plutôt que la contrainte est rarement accompagnée d’effusion de violences, ces drôles de féministes refusent d’admettre qu’il n’en est pas moins le signe de la subordination de la femme à la sainte Trinité patriarcale : la femme doit être vierge, la femme doit être pudique, la femme doit être discrète. »

Fatiha Boudjahlat, « Combattre le voilement ».

« Les féministes qui soutiennent les femmes iraniennes se découvrant la tête et risquant la prison ne trouvent pas incohérent de défendre le port du voile en France.

Comme si seule la contrainte légale était gênante, alors que c’est le voile et ce qu’il symbolise comme emprise communautaire et subordination aux exigences masculines orientales et islamiques qu’il faut combattre.

Par quelle singulière tournure d’esprit un même objet peut-il recouvrir un sens différent selon le pays où il est porté et les conditions juridiques et sociales en fonction desquelles il est porté ?

Les mollahs, la police religieuse, les conservateurs iraniens doivent sans doute avoir conscience que le port du hijab émancipe, qu’il est, selon les mots de R. Diallo, un marqueur de féminité au même titre que les talons aiguilles. »

Fatiha Boudjahlat, « Combattre le voilement ».

« Les femmes voilées en Occident profitent des libertés imposées et protégées par les valeurs et les droits des états occidentaux. Elles ont alors toute latitude de renoncer d’elles-mêmes, de renoncer à tout ou partie de l’exercice de ces droits, selon les modalités imposées par les hommes pour ne pas être désapprouvées ou agressées, ou alors elles peuvent faire le choix de les combiner avec une ultraorthodoxie qui, dans les pays musulmans, obère totalement ces droits.

Ce qu’elles peuvent faire ici, en vertu d’un droit que les islamistes méprisent, elles ne peuvent le faire là-bas, en vertu d’un droit religieux que les islamistes approuvent et aspirent à faire régner ailleurs.

Cette absence de réciprocité suffit à cerner l’hypocrisie à réduire le voilement à la liberté.

Ces femmes en Occident revendiquent une pratique orthodoxe, expliquent que cela ne réduit en rien leurs droits et leurs libertés. Bien évidemment. Ces droits et ces libertés sont garantis et sont dus aux législations occidentales laïques, pas à la religion, à laquelle ils ont été arrachés.

Non ce n’est pas l’islam, ou une pratique moderne éclairée, qui permet aux femmes musulmanes d’être libres et protégées en Occident.

Ce sont les législations et l’école occidentales, qui ont contraint les religieux à respecter ces droits et ces libertés pour les femmes. Ils ont dû faire avec. S’adapter.

Et c’est pour toutes les religions, toutes les sociétés et toutes les époques : les droits des femmes et des minorités ont toujours dû leur être arrachés.

Face aux femmes iraniennes enlevant leurs voiles et risquant en conséquence des violences et l’enfermement, les néo-féministes d’ici affirment qu’il faut combattre l’obligation et défendre la possibilité de choisir librement. C’est une tartuferie, qui feint d’ignorer ce que l’éducation religieuse, la propagande, la communication, la ghettoïsation produisent : contrainte intégrée et emprise.

C’est le voilement, comme consentement à exister et circuler selon les critères établis par les hommes de sa communauté, qu’il faut combattre. Librement choisi ou non, richement orné ou non. »

Fatiha Boudjahlat,  » Combattre le voilement ».

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« Si, de confession juive, j’ai choisi d’opter pour une pratique orthodoxe de ma foi, respectant à la lettre les prescriptions concernant le sabbat, je ne pourrai reprocher à un restaurateur de ne pas m’embaucher alors même qu’il réalise le plus gros de son chiffre d’affaire le jour durant lequel mon choix de religiosité m’interdit de travailler.

Mes opportunités, ici économiques, sont donc réduites par mon choix de religiosité.

Il n’y a pas d’inégalité quand le non-accès à une ressource ou à une opportunité découle de l’adhésion à une pratique orthodoxe, adhésion qui reste volontaire, sauf à faire de ladite religion une ethnie ou à en faire une obligation.

On ne peut pas hurler à l’injustice ou à la discrimination quand le degré d’orthodoxie pour lequel on a opté réduit le champ des opportunités.

[…]

C’est au pratiquant d’assumer les conséquences de son choix.

Les indigénistes et les islamistes œuvrent à essentialiste, ethniciser ce choix (le foulard) pour en faire une essence et donc un non-choix, ce qui permet de réclamer des ajustements de la loi. Non. Le choix de l’orthodoxie n’oblige pas la société à s’adapter à tout. Ou s’agira t’il d’un rapport de force, d’un bras de fer à remporter ? Qui viserai à faire reconnaître par les États libéraux que la religion musulmane est « à part », que ses pratiquants doivent bénéficier d’exceptions parce que leur identité réside uniquement dans leur religiosité ? Et par là obtenir que s’installe dans ces États un régime de personnalité de loi, qui permettra aux leaders de s’emparer des attributs de l’État, comme la justice par exemple.

La mère voilée ne devrait donc pas être privée de l’opportunité de participer à une sortie scolaire ? Si. Nous avons les outils juridiques pour le faire et la légitimité de la faire, parce qu’elle a fait le choix du voilement orthodoxe.

Si c’est un choix, et la religion et le degré d’orthodoxie sont un choix, celui-ci la lie elle, pas l’État. Si ce n’est pas un choix, les implications ne lient pas plus l’État mais interrogent quand à cette religion et à la nature du voilement. »

Fatiha Boudjahlat, « Combattre le voilement ».

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