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« Quelle devra être en pratique la conduite de l’individu, si la souveraine Puissance lui donne un ordre en contradiction avec la religion et avec l’obéissance qu’il à promise à Dieu, au terme d’un pacte exprès ? Devra-t-il se soumettre de préférence à l’autorité divine ou à l’autorité humaine ?

Comme je dois traiter par la suite cette question en détail, je me contenterai de dire ici qu’il doit obéir à Dieu, sans avoir égard à rien d’autre, au cas où il disposerai d’une révélation certaine et indubitable.

Mais c’est lorsqu’il s’agit de religion que les hommes sont le plus sujets à se tromper et la diversité de leurs tempéraments les portes à rivaliser de fictions ( ainsi de l’expérience quotidienne l’atteste à satiété ). Dès lors il apparaît avec évidence que, si les sujets, dans toutes les matières qu’ils se figurent toucher à la religion, étaient dispensés d’obéir à la législation de la souveraine Puissance, le droit national deviendrait le jouet de caprices individuels de jugement et de sensibilité. Nul ne serait plus obligé de respecter les lois en vigueur, pour peut qu’il les estima contraire à sa croyance ou son fanatisme propre, de sorte que chacun se servirait d’un fallacieux prétexte pour s’arroger toute licence d’action.

Dans ces conditions, le droit national serait exposé à subir les plus graves atteintes. C’est pourquoi un tel abus est tout à fait inadmissible.

La souveraine Puissance qui, tant en vertu du droit divin que du droit naturel, à la charge de conserver et de protéger la législation de l’État, dispose du droit souverain de prendre, concernant la religion, toutes les mesures jugées opportunes ; d’autre part, tous les individus sont obligés d’obéir aux décisions prises et aux ordres donnés par elle, s’il ne veulent point manquer à la fidélité civique, dont Dieu ordonne le respect rigoureux.

Et si les détenteurs de l’autorité souveraine sont des païens ? Deux attitudes seulement restes possible : ou bien on se refusera à conclure aucun accord avec eux et on se résoudra à subir les pires extrémités, plutôt que de leur transférer son droit ; ou bien, si on est lié d’un accord quelconque et si on leur a transféré son droit, on a par là même renoncé à se défendre soi-même et à défendre sa religion, on est, par conséquent, obligé de leur obéir et de leur donner des preuves de fidélité, soit spontanées, soit contraintes. Seul échappe à cette règle l’individu auquel Dieu, par une révélation certaine, a promis son aide particulière contre le tyran. »

 

Seul échappe à cette règle l’individu auquel Dieu, par une révélation certaine, a promis son aide particulière contre le tyran.

 

Spinoza, Traité des Autorités Théologique et Politique.