Aujourd’hui je vous présente un livre magnifique, engagé et poétique qui questionne notre rapport à l’érotisme et donc à l’envie du « monde ».

Présentation

Voici quelques citations :

Citation lues :

L’art est le corps, une guerre ancienne. Son contraire est le meurtre ou le martyre. Son contraire est la trahison.

Cette désobéissance Abdellah va la ressentir violement, dans sa cruauté et son Insolence. Il va trembler de colère, hurler au scandale dans le silence des galeries (d’art devant les œuvres de Picasso), rénover ses raisons de saccage et décider que c’est une atteinte à sa divinité. Il va se faire le mercenaire de l’âme, le punisseur du corps. L’inquisiteur.

C’est une guerre entre deux origines du monde. L’une est un texte, l’autre un sexe.

Kamel Daoud, »Le peintre dévorant la femme ».

La statue n’est pas le portrait d’un être mais le produit d’une moulure. L’homme qui étreint, palpe, « dessine une fesse à tâtons dans le noir » selon l’expression de Picasso et en sort avec le souvenir des formes rencontrées et savourées.

La statue peinte est l’aboutissement d’une saisine. Picasso rend compte de mouvement où un artiste prend un volume d’argile et le confectionne, yeux fermés pour garder à l’esprit ce qu’il veut incarner, à quoi il veut donner corps. Je tourne encore autour de cette toile, la guette et me construit une version des faits : l’artiste a voulu voir cette femme comme un dieu verrait sa créature.

Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme ».

[ Image : peinture de Picasso « femme au fauteuil rouge » de 1932 ]

La statue n’est pas le portrait d’un être mais le produit d’une moulure. L’homme qui étreint, palpe, « dessine une fesse à tâtons dans le noir » selon l’expression de Picasso et en sort avec le souvenir des formes rencontrées et savourées.

La statue peinte est l’aboutissement d’une saisine. Picasso rend compte de mouvement où un artiste prend un volume d’argile et le confectionne, yeux fermés pour garder à l’esprit ce qu’il veut incarner, à quoi il veut donner corps. Je tourne encore autour de cette toile, la guette et me construit une version des faits : l’artiste a voulu voir cette femme comme un dieu verrait sa créature.

Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme ».

Malgré son triomphe et ses clergés, la prière cède souvent face à l’impératif humain de la jouissance.

Le corps se rebelle et reprend ses droits, se restaure peu à peu après avoir été inculpé, sali ou rejetté au nom du ciel ou des religions.

Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme ».

Les religions sont l’autodafé des corps et j’aime, dans se mouvement obscur de la dévoration érotique, la preuve absolue qu’on peut se passer des cieux, des livres et des temples.

L’érotisme est la permanence de l’homme, la preuve que l’au-delà est un corps que l’on a sous la main et dans le ventre, ici et pas « après », que le sens du monde va dans celui de mes rencontres et que tout l’art est le souvenir d’un moment, la tension vers une bouche, une fente ou un Ailleurs.

L’érotisme est une clef, depuis longtemps dans ma vie, pour comprendre mon univers, mes nœuds, les impasses meurtrières dans ma géographie, les violences qui me ciblent ou que je perpétue.

Si les monothéismes en veulent si violement à mon sexe, c’est qu’il est l’outil de mon salut, sans eux, dans le sens contraire de tous leurs vœux et lois. Il est ma fortune et mon mystère contrit. Je le creuse, il me creuse le ventre.

Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme ».

Je suis l’enfant d’un monde où l’érotisme est un silence. Le corps n’y est pas aimé mais subi.

Cela se décline en infinies tristesses et aura des conséquences sur le statut de la femme, l’éloge de l’orgasme comme droit, la danse, le spectacle, le droit au bikini ou la promenade du couple sous le soleil, le bonheur, la liberté.

C’est ce qui frappe dans mon pays : la mort du désir du monde.

Une sorte de rancune à l’égard du rire et de l’art, un soupçon qui devient des lois et des inquisitions. La misère culturelle dans le monde dit « arabe » est le versant le plus visible de la misère sexuelle, la misère du désir du monde.

Je me suis souvent posé cette question : à quoi est due cette colère qui nous empêche de vivre et nous fait accuser le reste du monde de nos souffrances ? L’incapacité d’inventer ? La religion ? Les régimes politiques qui ne peuvent naître que de nos consentements ? Le souvenir de la colonisation devenue une rente et une excuse ? L’impuissance face à la modernité et ses outils ? L’humiliation d’avoir perdu le centre du monde ? Tout cela à la fois.

Je rêve d’apaisement, de possibilité d’être moi aussi le centre du monde.

Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme ».